Réflexions à propos des enjeux éthiques

Dans le texte de présentation du GEPG qui figure dans la plaquette de notre programme annuel, nous trouvons actuellement :

« Le GEPG soutient que soit possible un lien social où chacun du point où il en est dans son expérience … puisse mener l’élaboration de ses propres interrogations »

et jusqu’il y a encore deux ans «selon son rythme, selon son style ».( n’y-a-t-il pas lieu de reprendre ces termes, probablement trop vite enlevés ? ).

Plus loin: « Le phénomène institutionnel s’y questionne » Et : « s’il y a effet de transmission c’est par la relance et le prolongement pour chacun des effets de sa propre cure » …et puis :  « le désir d’analyste sans cesse réinterrogé dans l’adresse à quelques autres ».Et enfin la citation de Lacan :« c’est bien ennuyeux…que chaque psychanalyste soit forcé de réinventer la psychanalyse».

L’accent est mis avec force sur le questionnement et sur la singularité, sur le questionnement de chacun à partir de son expérience singulière. Et, ce, dans les différents champs de sa pratique : comme analysant, comme analyste et comme engagé dans une association pour la transmission de la psychanalyse.

Comment le GEPG a-t-il fait pour tenter de réaliser ce projet… un tel programme, comme on dirait aujourd’hui ? Qu’a-t-il mis en place ?

 

Dans les groupes sur la pratique une place centrale est faite à la difficulté, a ce qui fait butée dans le travail. Ils sont organisés autour des moments d’embarras. Embarras objectif : la rencontre d’un obstacle … mais surtout embarras subjectif : bien souvent le praticien témoigne d’un blocage dans sa capacité à librement associer, d’une sidération de sa pensée.

Il y a eu dans le transfert, rencontre avec un Réel qui échappe et devant lequel le sujet en fonction d’analyste s’est senti démuni. Il a fait l’expérience des limites de son savoir, de ses savoirs…il a fait l’expérience de son ignorance. C’est là un vécu, une appréhension par l’éprouvé. Phénomène qui ne pourrait clairement pas être obtenu comme l’ effet d’une injonction. Alors que pourrait le laisser croire une lecture rapide de certaines formules de Freud et de Lacan, telle celle-ci : «le savoir du psychanalyste doit être oublié pour être réinventé à chaque fois «.

Ce temps de l’ignorance est essentiel

  • il est confrontation à un vide qui est un appel…qui ouvre au désir inconscient, à une appétence pour «ce qui vient «, pour les associations d’idées.
  • il est expérience du manque de savoir, d’une vérité qui échappe. La jouissance de cet objet est, au même titre que les autres, impossible. Et la vérité, en tant qu’objet petit a, ne peut en aucune façon être atteinte complètement. Les élaborations théoriques, nécessaires mais fictionnelles ne réussiront qu’à la poursuivre et à l’approcher.

 

Ce temps de l’ignorance est fragile et précaire

je cite Lacan :« La tentation est grande…de transformer «l’ignorantia docta »en «ignorantia docens»…que le psychanalyste croit savoir quelque chose…et c’est déjà le moment de sa perte. »

L’ignorantia docens est l’ignorance suffisante de celui qui joue au savant et passe à côté de la vérité du sujet alors que L’ignorantia docta est l’ignorance avertie de celui qui est informé de la difficulté à comprendre.

Le dispositif sur la pratique offre un lieu pour que ces moments d’ignorance soient reconnus. Le vide qu’ils représentent est alors borné, circonscrit parce que dénommé. Manière pour le sujet de l’apprivoiser.

Et secondairement, il doit être préservé et protégé du risque habituel de l’ occultation. Le témoignage tournant, procédé qui préside au fonctionnement de ces rencontres, vise à éviter cela. Il est destiné à empêcher, autant que faire se peut, la référence au savoir d’Un qui saurait… en contrant l’incarnation éventuelle d’un fantasme de psychanalyste idéal. Ainsi est promu un modèle de praticien soumis aux limites ordinaires, comme tout un chacun.

Les échanges avec les collègues permettent que des paroles soient exprimées à propos de ces situations productrices d’embarras. Le temps pris alors pour un témoignage patient et circonstancié permet le déploiement d’une description fine des choses.

Et des questions émergent. Enfin nommées, elles délimitent les obstacles, cernent les territoires de l’ignorance et arrivent à dissiper la confusion. Ayant pris leur origine dans l’ expérience singulière d’un praticien, elles possèdent la valeur de l’authenticité. Le sujet peut alors les écouter avec confiance, et suivre leur élan afin d’interroger auteurs et théories, afin de discuter avec ses pairs. Ainsi il est à même de « réinventer », de construire lui-même un système de représentation qui va lui fournir ses propres points de repère pour soutenir son désir d’analyste.

 

Si le lieu de l’ignorance est le lieu d’origine de toute idée personnelle, le lieu de la fécondité créatrice, celui-là même d’une réinvention toujours sollicitée…comment faire en sorte qu’il soit maintenu accessible ? Comme nous venons de le voir, l’appréhension d’ une difficulté importante dans la pratique constitue une rencontre des limites d’un savoir -faire qui produit une remise en question salubre. Mais il existe d’autres voies pour une telle remise en question. Ainsi, elle peut être l’effet d’une confrontation avec des points de vue différents. Les partenaires de travail ont cette fonction, autres à la fois distincts et à la fois proches…considérés comme des pairs, parce que immergés dans des expériences semblables. Voilà pourquoi la forme du «petit groupe « comme dispositif de travail collectif, a été privilégiée dans notre association. Et dans cette perspective, l’intérêt est grand, bien sûr, à ce que régulièrement il y ait des occasions d’être exposé à des différences plus prononcées, qui concernent aussi bien les abords que le style. Hétérogénéités légères lors de nos réunions transversales (« séminaire mensuel », « rencontres intergroupes » pour les groupes sur la pratique) mais, aussi, davantage prononcées, dans les rencontres avec des partenaires de travail plus inhabituels comme les Séminaires de l’IAEP ou lors des invitations d’auteurs.

 Le 1er décembre 2016

 Michel Lehmann

Texte présenté à la rencontre commémorant le 30e anniversaire du G.E.P.G.

 

 

 

 

 

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