Quelques remarques en guise de réponse impossible à une question :

« Qu’est-ce que la psychanalyse pour nous au sein du GEPG ? »

Il peut paraître étrange que des praticiens exerçant parfois depuis longtemps semblent demeurer encore dans un questionnement sur la nature de leur acte, à tel point qu’il serait légitime de douter de la consistance de leur discipline. Certains y verront les stigmates de la névrose qui les a poussé vers ce métier, d’autres invoqueront un masochisme incurable. Ecartons ces moqueries, c’est une question sérieuse et peut être celle qui atteste, dans la mesure où elle demeure une question, d’une position éthique.

On se souvient que Lacan, a son habitude, y fit une réponse énigmatique : une psychanalyse ? « C’est ce qu’on attend d’un analyste ». Donc la question se déplace : Qu’est-ce qu’un analyste ?

Toujours Lacan, « l’analyste ne s’autorise que de lui-même… et de quelques autres ». Cette affirmation a soulevé un certain nombre de malentendus, y compris une injonction au passage à l’acte. En fait, elle rappelle la responsabilité inéliminable de chacun à occuper la place de l’analyste. Aucune formation labellisée par quelque société d’analystes n’en dispense. Voire même les dites formations peuvent être un semblant d’autorisation venant d’un tiers et faisant faire l’économie de cette responsabilité. Le s’autoriser renvoie chacun d’entre nous à cette question : » de quoi t’autorises-tu pour occuper cette place ? » Et ceci renvoie à la cure et  au moment du passage de l’analysant à l’analyste. Ce passage est celui du dénouement du transfert, au sens de la destitution du sujet supposé au savoir. Il se traduit sur le plan de la logique discursive par le quart de tour du discours de l’hystérie qui produit le discours de l’analyste. Dans cette modalité ce qui est produit c’est S1, soit un signifiant faisant acte et non passage à l’acte. On peut aussi entendre la proximité homophonique entre l’autorité et l’auteur. Cette passe devrait ainsi ouvrir sur la possibilité de l’invention de signifiants nouveaux, nouveaux non pas en eux-mêmes, mais dans leur articulation avec d’autres signifiants. C’est cette fonction poétique qui caractériserait le mieux l’écoute analytique. On sait que Lacan a proposé un dispositif celui de la Passe pour témoigner de ce passage de l’analysant à l’analyste avec l’échec qu’il a lui-même reconnu. On peut en avoir des interprétations diverses sur lesquelles je ne m’étendrai pas. Par contre, ce qui me semble à retenir, c’est, peut être, de démystifier la Passe. Entendue comme un passage elle produit sur le plan imaginaire la notion d’un avant et d’un après. Voire d’une illumination…Pourtant une passe peut être parcourue dans les deux sens et donc la régression est tout à fait envisageable. Je proposerai plutôt l’idée que celui qui occupe la place d’analyste a à effectuer ce passage à l’analyste de manière continue et jamais achevée puisque cette place exige, pour celui qui l’occupe, de se défaire du discours courant de la narration pour être réceptif à ce qui de l’Autre scène cherche à se faire entendre.

Lacan a rajouté quelques années après le fameux « …ne s’autorise que de lui-même »le : » et de quelques autres ». Comment entendre ce rajout ? A-t-il été troublé par les passages à l’acte que sa formulation aurait permis ? C’est possible. Mais ça ne nous épargne pas d’avoir à penser ce « quelques autres » puisqu’il s’agit du lien social des analystes. Ce lien social peut être conçu de différentes manières et la dispersion des associations psychanalytiques se réclamant de l’enseignement de Lacan nous en donne l’illustration. Une association d’analystes peut se concevoir comme une école de formation des futurs analystes et un syndicat visant à défendre les intérêts de ses membres. Ceci n’a rien d’infâmant. Elle peut aussi se penser comme une association pour la psychanalyse et avoir pour but d’être un lieu où le pari d’une subversion du « disquourcourrant » par le discours de l’analyste soit tenu et de transmettre cette expérience. Cela implique des dispositifs qui se démarquent des usages des sociétés savantes et des partis politiques. Le modèle que nous a laissé Lacan est celui du Cartel. Rappelons qu’il vise à ce que chaque participant ait à prendre la parole et que ce sont les effets de celle-ci qui produit un déplacement pour chacun des membres. Ce qui est en jeu dans cette modalité de lien social c’est une destitution du sujet supposé au savoir et donc la séparation des places et des fonctions permettant un jeu possible par rapport à la pente naturelle du collectif qui est la servitude volontaire, fusse sur le mode de la plainte.

Ne nous cachons pas que les limites de la cartellisation résident précisément dans le passage au politique. Comment rassembler ces expériences diverses des effets de la parole pour atteindre un niveau d’efficacité politique sans compromis qui en trahissent l’essentiel ?

C’est à un tel défi que les associations psychanalytiques sont convoquées aujourd’hui du fait des menaces qui pèsent sur une pratique de la psychanalyse à l’ère de l’évaluation marchande. Souvenons-nous à ce propos que la résistance à la psychanalyse et d’abord celle de l’analyste et que tout lien social se délite quand ses membres n’entendent plus et ne croient plus à ses signifiants fondateurs (cf.la fin des empires).

C’est donc la pratique de notre lien social qui constitue pour chacun de nous le plus sur appui pour notre pratique et la transmission de la psychanalyse.

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