Le réel du corps, corps et Réel

« Si j’avais connu avant d’évider père les paroles emplisseuses d’entendement, et avoueuses de sentiment, et traductrices de gouffre humain. Heureux soit le parleur, car avec ses mots il est pareillement au bourgeois qui voit à l’intérieur de ses semblables… Heureux les parleurs, car ils ont l’œil clairvoyant et traverseur de corps, et fouilleur d’épaisseurs! ». (Jean-François Beauchemin :  » Le jour des corneilles »).

Dans ce texte poétique, le personnage va chercher le sentiment amoureux dans la dépouille même de sa mère, de son père. Il ne lui reste plus que le réel du corps, de la preuve corporelle pour tenter de s’arrimer à une réalité. Jusqu’à ce qu’il rencontre le langage.

Ce sont frappées de symptômes corporels que les personnes viennent frapper à notre porte, envahies de leur angoisse, leurs angoisses ou attaques de panique, leur anxiété, leur impossibilité sexuelle ou leur fatigue, épuisement, leurs brûlures dans la chair ou leur burn-out. C’est le bégaiement du corps qui parle, condamné à répéter son discours somatique avec sa peau, ses tics, ses gestes inachevés, ses crampes, ses douleurs. Faute d’une symbolisation dans le langage, le corps est souvent le repère structurel des symptômes. Au delà des bons adages : « prendre soin de son corps, ne pas fumer, faire du sport, dormir plus ou mieux, manger sain », au delà des conseils de bon sens et d’hygiène, comment l’analyste va mettre en mouvement le corps autrement, par la parole, en entendant aussi la haine et la compulsion de répétition signifiante qui agit, dans les symptômes de conversion comme dans toute autre manifestation empêchante inscrite dans le corps ou ses postures. Freud écrit « (…) le refoulement hystérique a lieu manifestement à l’aide de la « formation de symbole » ».

Jacques Lacan disait dans le séminaire XX : « Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient » et parlait de faire résonner le signifiant dans le corps.

Parfois des sensations, des émotions semblent être inscrites dans le corps sans accès possible à une symbolisation. Les thérapies modernes disent que soigner le corps peut s’épargner de paroles, mais faire taire le corps suffit-il?

Quels liens conceptuels existent entre le corps et le réel?

Comment penser le corps comme point de butée du réel?

Nous traverserons clinique et concepts au travers de différents textes que nous choisirons au fil de notre travail.

Nous commencerions par des extraits de la thèse d’Anne Ermolieff : « Le corps parlant entre mystère et événement », ainsi qu’avec le texte de Freud : « Projet d’une psychologie ou Esquisse pour une psychologie scientifique » dans les « Lettres à Wilhelm Fliess », 1887-1904, PUF.

Séminaire proposé par Isabelle Carré.

Les rencontres auront lieu les deuxièmes mardis de chaque mois.

Première séance : mardi 13 octobre 2015.