Séminaire proposé par Isabelle Carré
La psychose reste un terme qui effraie socialement. Les sujets psychosés sont souvent stigmatisés, encore associés aux signifiants « fou » ou « aliéné », des termes aux significations pourtant multiples.
Deux versants de prise en charge restent aujourd’hui très opposés.
D’un côté, les théories neuroscientifiques étudient le cerveau. Elles ont mis en évidence une dysrégulation de la dopamine, le modèle neurobiologique le plus connu, ainsi qu’une synchronisation défaillante entre l’hippocampe et le cortex préfrontal, zones qui gèrent notamment la mémoire et l’imagination. S’y ajoutent des facteurs de vulnérabilité neurodéveloppementale face au stress ou à l’inflammation, ce qui nécessite une prise en charge médicamenteuse suivie. Ces découvertes ont considérablement amélioré la vie et la prise en charge des personnes qui souffrent, loin de l’époque asilaire des enfermements et des traitements abusifs.
De l’autre, la prise en charge psychothérapique s’intéresse au psychisme, à la vie relationnelle, à des causalités plus vastes que le seul déterminisme et surtout à la relation thérapeutique, le soignant acceptant d’être quelqu’un pour le patient, à long terme, acceptant qu’il y ait rencontre durable.
Traiter les symptômes de façon médicale ne dispense pas de chercher à comprendre ce que cette expérience douloureuse signifie pour le sujet, ni de l’accompagner dans ce cheminement. Mais dans une psychiatrie en crise, les suivis de secteur et de psychothérapie institutionnelle tendent à se dégrader irrémédiablement, malgré tout le désir des soignants. Des services sans psychiatres sont de moins en moins rares. Certains Centres d’aide par le travail se retrouvent sans psychiatre, sans psychologue, sans éducateur, sans infirmière.
Le paradoxe est frappant entre les avancées scientifiques d’un côté, et le désert d’offre de soins de l’autre.
En outre, les méthodes psychoéducatives actuelles, utiles et efficaces selon les études, aident certes à comprendre, à « éduquer ». Mais elles s’appuient souvent sur des schémas et des explications rationnelles et standardisées, qui laissent peu de place à la part intime du vécu et aux expériences de jouissance. Elles ne peuvent échapper à un savoir constitué, qui recouvre la singularité du sujet dans ce qu’elle a pourtant d’irréductible. Ce sont des savoirs qui peuvent manquer le sujet.
Quels lieux restent-ils aux personnes souffrant de psychose pour être écoutées et entendues, jusque dans leurs différences et leur créativité ?
Nous explorerons ces questions par le biais de la littérature et de textes théoriques. Nous commencerons par le roman Le Roitelet de Jean-François Beauchemin. Nous découvrirons Schizogrammes d’Emmanuel Venet, qui évoque avec humour la folie douce des institutions psychiatriques, puis Une mauvaise rencontre de Philippe Grimbert, et D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan. Le film L’Enfer de Claude Chabrol servira également de support à l’étude de la jalousie morbide.
Le 1er mardi du mois à 20h
A partir du mardi 6 octobre 2026
A La Tronche, 45 chemin des grenouilles
Pour y participer, vous pouvez vous mettre en contact avec Isabelle Carré