C’est à la lecture de « Mon vrai nom est Elisabeth », d’Adèle Yon que le Dibbouk s’est invité dans nos discussions par je ne sais plus quel chemin. Mais cette pièce du théatre yiddish a toute sa pertinence dans cette suite.
On peut y lire l’histoire d’une possession, celle d’un corps de femme, une femme qui ne renonce pas sur son désir et in fine prend la parole.
On peut y lire aussi comme une résistance au discours du Maitre pour faire autrement avec l’indicible.
Dans les histoires de possession au fil des siècles c’est souvent le corps des femmes qui est possédé; et ce qui est décrit par leurs persécuteurs parle de leur élan de liberté et de leur désir.
Cf à ce sujet un documentaire instructif sur Arte, Sorcières/ chronique d’un massacre: en 1609 au Pays basque, 80 personnes sont brulées, « des jeunes filles sont principalement visées. Pierre de Lancre, obsédé par l’idée de leur copulation avec le diable lors du « rituel du sabbat », laisse libre cours à ses fantasmes et transgresse toutes les limites du droit. ».
C’est que, comme le dit Hanan, d’une voix qui tremble: « Quel est le péché le plus puissant, le plus difficile à vaincre? N’est-ce pas le désir de la femme? »(p 32). Dans toute l’ambiguïté de la formule.
Et en écho Ménaché le fiancé effrayé : « Je n’ai jamais vu autant d’étrangers…Je crains leurs regards…Mais surtout j’ai peur de la jeune fille »(p 51).
La marque du féminin sur le corps agit comme une altérité, parfois effrayante, elle agit comme un trou dans le savoir.
Lé-a (sans Dieu!?) se soutrait, aux apparences, aux regards, elle s’absente. Et cet ab-sens n’est pas non-sens mais indicible, elle échappe aux savoirs et au discours qui est du semblant..
La religion apporte les réponses, elle sécrète du sens, qu’il n’est pas nécessaire de comprendre, mais de savoir. Hanan qui est « un vrai vase d’élection empli de science et de piété »(p 25) suis son propre chemin (p 30) à la recherche d’une vérité qui de se mi-dire l’amène aux limites du sens, face à l’impossible: « Ah-ah-ah! Le double sens du contresens m’apparaît! Je le contemple. J’ai vaincu »(p 39). Et il meurt.
Avant de faire retour, Le Dibbouk, et de faire symptôme chez Lé-a. Il prend possession du corps de Léa qui se l’approprie ce fiancé-Dibbouk. « Le symptôme c’est ce qu’il y a de plus réel » pour citer Lacan; et ce réel s’il est hors-sens n’est pas insensé.
« La Voix de Hanan » a oublié qui il était mais Léa le nomme: « Reviens vers moi mon époux » (p 69).
Martine Petit