Ce que nous apprend le discours de « l’aliéné »

Ce qu’il nous apprend, et que dénie le discours de la psychiatrie, c’est qu’un délire ne se réduit pas à être le signe d’une maladie mais qu’il est une tentative de résoudre une problématique identitaire conflictuelle.

Celle-ci nous vient de l’Autre, si on entend par là le savoir inconscient qui nous échappe et qui constitue la mémoire des identifications qui instituent notre manière d’être au monde. Il arrive parfois que celles-ci nous apparaissent sous la forme d’une locution qui dés lors va organiser la vie fantasmatique d’un sujet et son rapport aux autres. Ainsi, pour le personnage de Trelkovski dans le roman de Topor, la remémoration d’un souvenir traumatique de son enfance semble avoir joué cette fonction. Rappelons qu’elle fut formulée par une enseignante, devant toute la classe, alors qu’il avait dû s’attarder aux toilettes : « vous n’êtes donc pas tombé dans le trou » quel qu’est été la réalité du dire de cette enseignante cette locution va apparaitre comme ce qui donnera forme  au fantasme du sujet et surtout à la considérer comme une exigence de l’Autre (qu’il tombe dans le trou, qu’il était une merde pour elle).  On peut la suivre à la trace dans son observation par le vasistas du WC voisin, dans les accusations du voisinage de foutre la merde dans la montée et in fine par son expulsion agie de la scène fantasmatique lorsqu’il se défenestre réalisant un trou, propre, dans la verrière imaginant ainsi répondre à l’exigence de la jouissance de l’Autre et résoudre par le réel son angoisse. Il n’en pouvait plus de ne pas accomplir ce que littéralement il aurait entendu comme vœu inconscient de l’enseignante qu’il soit tombé dans le trou .

Nous avons donc des éléments nous permettant de soutenir qu’un délire ne se réduit pas à un désordre chimique mais qu’il tente de mettre en scène pour la dénouer les impasses d’une subjectivité qui tente d’exister hors de la dimension symbolique et qui se trouve démunie quand celle-ci s’impose socialement.

Il nous est souvent reproché que la psychanalyse ne guérit pas. Je rappellerai que la psychiatrie non plus puisque ses traitements demandent pour maintenir leurs effets d’être longtemps poursuivis. L’acte du psychanalyste requiert une demande du sujet et celle-ci se formule rarement dans des situations semblables à celles de ce roman. Par contre il n’est pas rare qu’elle se produise dans un après coup d’un épisode délirant et qu’il y a là une demande de ne pas être réduit à une prescription médicamenteuse.

Nous espérons une demande de compréhension de ce que vient de vivre un sujet pris dans un délire. Mais il ne s’agit pas de cela. La demande rapidement explicite c’est qu’on y croit à la réalité que vient de vivre le sujet. Cette demande est en fait que soit reconnue la vérité qui s’est imposée dans le réel mais que le sujet ne peut reconnaitre dans l’immédiat. Aussi l’analyste ne peut y répondre que pas son écoute. Laquelle dans le déroulement permet à la fonction discursive de tamponner l’angoisse dans la mesure où le sujet fait l’expérience de la non réalisation de ses dires dans l’espace du travail analytique. Ainsi se substitue au » qu’on y croit » un « qu’un le croit ». Vous entendez que dans cette substitution s’effectue un déplacement subjectivant potentiellement.

Alors commence un long voyage dont la boussole est le désir de l’analyste qui se distingue des velléités thérapeutiques ou du moins ne les envisage que par surcroît. Ce qui est attendu du déploiement de la parole c’est un effet de séparation des signifiants englués avec l’objet et qui font signe d’angoisse afin de réduire leur propension au passage à l’acte.

Ainsi peut s’instaurer une capacité discursive et subjectivante pour ceux qui ne se résignent pas à une normalisation chimique.

Albert Maître

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