Le locataire

Film de 1976 de Roman Polanski adapté du Locataire chimérique de Roland Topor

Voici l’histoire d’un homme qui croit prendre possession d’un appartement et c’est au
final l’appartement qui prend possession de lui.
Ce film s’inscrit en 3ème position dans une trilogie, les 2 premiers étant Répulsion et
Rosemary’s baby; tous traitant de l’emprise mortifère d’un appartement, du lieu qu’on
occupe et qui nous occupe.
Occuper cet appartement confronte Trelkovsky, puisque c’est son nom, à la délation,
l’expulsion, la persécution, dans un décor parisien qui peut faire penser à la période
de l’occupation.
Trelkovsky en pénétrant dans cet appartement se retrouve persécuté par tout et tous.
Le monde extérieur est hostile et violent (la concierge, le propriétaire, les collègues
de bureau). Mais l’intérieur même de l’appartement le persécute, à commencer par le
miroir qui le contraint à déplacer l’armoire.
Le film débute (presque) par un cri et se termine par un cri. Le cri ne veut rien dire,
« ça veut jouir » disait Lacan. C’est en l’occurrence une émission sonore brute, qui sort
d’une bouche qui fait trou, et laisse passer les forces invisibles de l’angoisse.
« Obscénité du cri qui, déchirant le voile du silence, semble mettre à nu toute
l’horreur » dit Michel Leiris
Ce trou du cri fait énigme, comme la dent dans le trou du mur, qui amène Trelkovsky
à se questionner sur ce qui le constitue, car l’énigme est bien celle de l’être.
On pourrait dire que le film est organique, rien ne nous ai épargné, de la merde, du
vomissement, du sang, de l’arrachement, de l’amputation. Il est bien question d’être,
un homme ou un déchet .
Enigmatiques aussi les hiéroglyphes, que l’on imagine de Simone Choule, dans les
toilettes qui laissent tout un chacun immobile, dans une expectative inquiétante face à
eux-même.
D’ailleurs qui est Simone Choule ? Etait elle un homme ou une femme? Nous savons
seulement qu’elle n’aimait pas les hommes. Est-elle Trelkovsky pris dans une boucle
de répétition mortelle ? La chute qui est aussi une traversée, celle au moins de la
verrière, se répète d’ailleurs, de façon grotesque.
Grotesque est le mot qui m’est venu à revoir ce film. Dans son acception actuelle de
ridicule et grossier.
Mais grotesque étymologiquement se référait aux peintures de grotte, fantaisistes ou
caricaturales et à partir du XVIème siècle correspondait à chimère, extravagant. Où
l’on retrouve une occurence avec le titre du livre de Topor Le locataire chimérique,
soit une personne qui croit en des chimères. « Aussi loin que je remonte dans mes
souvenirs, la frontière entre le réel et l’imaginaire a toujours été désespéremment
brouillée. » Polanski
Et c’est ce désespoir qui est mis en scène dans son film Le locataire.
Trelkovsky est grotesque, désespéré et désespérant, il peut en être touchant.
Cela étant dit le film rate quelque chose, ce n’est pas, loin s’en faut, le meilleur de
Polanski. Lui-même le reconnait, pour le citer à propos de ce film : » une comédie qui
se transforme en drame est pratiquement voué à l’échec ». Qu’a-t-il échoué à dire ?

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