Introduction au séminaire du GEPG du 19 mai 2026 : chansons contemporaines

L’idée de vous proposer d’écouter des chansons actuelles, outre ma sensibilité personnelle,m’est venue à travers des rencontres de patients(tes) :

  • l’une, qui me disait écouter en boucle, dans sa voiture, en partant au travail, un chanteur évoquant ses idées suicidaires. Elle était en burn out très dépressive ,angoissée et suicidaire sans en parler à  quiconque.
  • l’un, qui m’a envoyé, en Whatsapp ,sans message, une chanson hard rock (qu’il écoutait à forte intensité pendant son adolescence, isolé dans sa chambre) alors qu’il revoyait sa mère qu’il tentait de mettre à distance depuis de nombreuses années.

Au cabinet, l’accueil des jeunes en mal-être, âgés de 20,30 ans nous demandent d’être quelque peu imprégnés de leurs » nouveaux mots » issus de leur langue entre eux (« avoir un crush ,mon pain, un bail, relou, kiffer, mdr, banger, trans »…) pour qu’ils puissent accrocher dans la relation avec nous et sentir une certaine complicité et confiance en nous, dans notre fonction de psychiatre psychanalyste.

Les chansons populaires, les hits parades ont, depuis longtemps imprégné le quotidien à travers la radio, les magnétocassettes puis les CD.

Chacun porte en soi ses chansons préférées nostalgiques et/ou fétiches, quand il va bien ou ne va pas bien et selon ses événements personnels de vie.

La nouvelle génération et les nouvelles technologies amènent : les soirées blindtests entre amis, les playlists, les applications de musique, les podcasts (les oreillettes pendant le sport le travail), les émissions télévisuelles ouvertes aux jeunes artistes tels The Voice, les vidéos personnelles sur les réseaux sociaux accrues depuis le confinement anxiogène et les algorithmes internet nous mettant en boucle.

L’intérêt en général de la lecture se perd.

Les thèmes des chansons contemporaines m’apparaissent

  • plus souvent intimes et autobiographiques( comme des témoignages)
  • politiques( prise de position- un acte citoyen sur les difficultés sociologiques)
  • parfois très poétiques
  • et souvent des voix d’artistes écorchés vifs exprimant leur mal-être en créant et parfois en se mettant en lien avec d’autres musiciens ou chanteurs.

Ainsi beaucoup de chanteurs évoquent la dépression, le mal-être, l’homosexualité, les troubles dys, le corps, le soutien, l’isolement, la famille et bien sûr l’amour.

Quelques ressentis et pensées ,concernant les chansons choisies :

KID

Le vrai cowboy ? Billie the kid ?

Une caricature de l’injonction du père à devenir fort, dominant, insensible ; la masculinité infaillible « sans aucune once féminine ».Eddy de Pretto l’ exprime dans un style très dictatorial(comme surmoïque) « tu seras viril » et un mélange de vocabulaire grossier et soutenu.

Une chanson personnelle sur son lien à son père,sur son homosexualité ; Ou/et militante et critique du patriarcat ? !

Elle m’a fait penser aux livres d’Édouard Louis.

Ô TRAVERS

Regarder de travers un travers ? Quel beau signifiant trouvé et joué sur ses différents sens par Zao de Sagazan !

Zao de Sagazan, avec sa voix rauque et beaucoup d’ accompagnement orchestral  raconte ,de façon très poétique, ses troubles psychiques .Elle témoigne qu’un symptôme n’est pas qu’un défaut ou un handicap mais bien une création subjective par le sujet traversé par son histoire familiale .(bien autrement que décrit par les diagnostics neuropsychologiques ou thérapies comportementales).

La chanteuse évoque son hypersensibilité dans beaucoup de ses chansons (« tristesse, symphonie des éclairs »). Scientifique dans l’âme, fan de Barbara, Brel et de musique électronique elle explique » qu’écrire une chanson en pianotant une mélodie, c’est poser des mots c’est les chercher, les choisir en prenant le temps pour comprendre et exprimer ses émotions » « pulsions de création »

LA QUÊTE

Le désir (recherche de son objet toujours en devenir) au cours de la vie entre enfance adolescence et adulte ses étapes à travers sa vie familiale.
J’apprécie beaucoup Orelsan pour son style et ses textes élaborés et vrais comme « jour meilleur » ou « défaite de famille »

NE SAUTE PAS

Chanson poignante sur la dépression la fête et les addictions

Hoshi : « plein de gens n’osent pas le dire mais ont déjà pensé au pire ».
Elle me semble être une bien meilleure ambassadrice de la prévention des passages à l’acte lors de troubles psychotiques( primaire ou secondaire) ou/et dépressifs  que les protocoles de L’HAS (Haute Autorité de Santé) avec ses mots, son éprouvé ;  « au paradis c’est la seule fois où j’veux qu’t’arrives en retard » « faut parler ça délivre »

POP CORN SALÉ

la métaphore de quoi ?un moment au ciné ?un savoureux mélange de croustillant et de salé ?

Avec un arrangement musical minimaliste et sa voix fragile et tonique, Santa semble évoquer  l’ambivalence des émotions et des relations humaines, la légèreté et la gravité, l’isolement, la lutte intrapsychique pour trouver sa place dans le social, la volonté de renaître, l’espérance et l’Amour.

JE T’ACCUSE

Un ton, un texte agressif qui sonne vrai et journalistique sur les agressions sexuelles.

LES MURS PORTEURS

Un titre et un refrain émouvant sur l’espoir, les fondamentaux lors des épreuves de la vie. Ce qui fait tenir Chacun.
J’apprécie beaucoup Florent Pagny : sa voix, son style, la puissance et l’émotion de ses chansons toujours très accompagnées musicalement.

JE SUIS CELLE

Mona Guba. Une chanteuse de rap, aux cheveux rasés pour se différencier et se présenter hors modèle féminin esthétique, interviewée sur différentes émissions, découverte très récemment  sur les réseaux sociaux.
Une causticité provocante contre l’infériorisation des femmes, un vécu de quartier,u ne lutte pour l’égalité hommes/femmes, contre la domination des hommes et l’idéal de devenir artiste reconnue (comme un homme).
La question du secret gardé et de la honte lors du diagnostic d’infertilité et des difficultés de PMA qu’on retrouve souvent pour certaines patientes.

« Bien sûr je le fais pour moi mais je le fais aussi pour celles qui me regardent »

« la populaire l’intello la garce »

La dernière phrase de son texte tombe comme une fin attendue inattendue (un nous=toi moi femme). « au final ils ont beau nous diviser mais je crois, hélas que je suis celle que tu vois dans la glace »

DERRIÈRE LE BROUILLARD

Grand Corps Malade,slameur connu depuis quelques années évoque ici, un peu comme Zaho de Sagazan, la force et l’optimiste qui l’a et prend en chantant et en écoutant le piano chanter « comme un instant de survie un instant de furie » « à quel moment ce piano a chanté ces accords, t’ont hanté » « il est ta respiration » « à quel moment tu comprends que c’est ton truc que la musique revient pour t’relever de chaque chute »  
Un peu lourd et grave dans ses chansons relatant son traumatisme physique et psychologique ,il partage ici plus son univers presque pulsionnel de sa créativité d’artiste.

L’écoute des chansons contemporaines peut susciter des émotions variées désagréables et/ ou agréables, une ouverture ou fermeture aux autres, et aussi, des identifications imaginaires et des idéaux (idoles) ; peut-être comme les histoires racontées ou les berceuses chantées aux enfants ainsi que les lectures qui peuvent devenir des compagnons dans la vie.

Sylvie Lefort

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