Séminaire Transfert, psychanalyse et société

Programme

Séminaire Inter-Associatif Européen de Psychanalyse
Organisé par le Gezelschap voor Psychoanalyse en Psychotherapie

Samedi 6 Décembre

Geuzenhuis
Kantienberg 9, Gent

Matin

9h00 – Ouverture par le président du GPP
9h30 – La psychanalyse, thérapeutique? (J.J. Moscovitz (Psychanalyse Actuelle) & P. Jacops (GPP))
11h00 – Pause café
11h15 – Présentation des groupes de travail

Après-midi (14h30 – 17h)

Groupes de travail organisés par thème:

  1. Transfert – transmission – passe
  2. Transfert – psychanalyse – formation
  3. Transfert – société – institution
  4. Modalités d’engagement transférentiel au nom de la psychanalyse

Dimanche 7 Décembre

Villa Voortman
Vogelzang 23, Gent

10h00 – 12h30
Rapportage par les rapporteurs & discussion plénière

Argument

TRANSFERT, PSYCHANALYSE ET SOCIÉTÉ
LE CONTRECOUP DU CONTEXTE DE NOTRE SOCIÉTÉ SUR LE MANIEMENT DU TRANSFERT

Freud considérait le transfert comme gage central de la cure psychanalytique, et donc comme l’enjeu essentiel dans la définition à la fois de la psychanalyse et du psychanalyste: est ’analyste’ celui qui manie le transfert de façon adéquate afin de faire émerger la vérité inconsciente du sujet. Ce transfert est la conditio sine qua non pour que la cure puisse aboutir, tout en surgissant inévitablement comme son plus grand obstacle. Lacan de son côté revisitait le concept du transfert comme le rapport au sujet supposé savoir, créant ainsi une autre ouverture permettant de reconsidérer la cure elle-même, sa finalité et sa transmission. Autrement dit, dans le travail clinique il existe une logique interne rigoureuse qui fonde la stratégie, voire la politique de l’analyste.

Mais ce travail analytique ne se fait pas dans un ‘vide sociale’. Aussi atopique qu’elle soit, la psychanalyse se situe dans un champ social étendu qui la fait croître – ou pas. Sur ce point, il n’y a pas de « psychanalyse pure ». Rappelons que Freud soutenait à son époque les diverses initiatives qui offraient à la psychanalyse une place dans le champ social: dans les institutions, dans l’enseignement, … Et qu’il se servait à cette occasion de la métaphore du mélange de pureté de l’or de la psychanalyse avec d’autres matières (le cuivre de la suggestion).

Seulement, ce champ social et les discours qui le soutiennent, sont en pleine évolution et se sont profondément modifiés depuis l’époque de Freud. L’exigence de l’évaluation et de la transparence, le besoin d’une reconnaissance légale et la réglementation du champ clinique et ses cliniciens, la réduction d’une formation à l’acquisition des compétences, ou la mise en avant de la psychothérapie ou de la psychologie comme porte d’entrée vers l’analyse sont autant d’exemples qui témoignent des paradigmes dominant notre champ aujourd’hui. Autrement dit, qu’on le veuille ou non, c’est aussi sur ce niveau que la question de ’la politique’ se pose: au niveau de la politique du gouvernement et par extension, des divers discours sociaux.

Voilà donc la question au centre de ce séminaire: quel est l’impact de ce nouveau contexte social sur les divers terrains où nous travaillons, inspirés par l’éthique psychanalytique: l’institution, la pratique privée, l’enseignement…? Et plus précisément, comment ce nouveau contexte vient-il modifier l’essence de la psychanalyse, notamment le maniement du transfert? Comment la psychanalyse se situe-t-elle vis-à-vis de ces discours? Quel est alors le propre de la psychanalyse? Et à partir de là, quelle place peut-on donner au travail analytique dans ce contexte social? Bref, quels sont actuellement le rapport et le tissage entre la politique psychanalytique et la politique des autres discours?

Transfert – transmission – passe

Dans le climat actuel de réglementation, quantification et systématisation,la question de l’enseignement ne fait, bien évidemment, pas défaut. Que l’on veuille organiser des formations en psychothérapie vérifiées et standardisées, ou que l’on veuille fournir les étudiants
(universitaires) d’un enseignement de qualité avec surtout des procédures d’évaluation transparentes – où chaque cours doit être accessible online pour que l’étudiant puisse les suivre à son gré – l’enseignement n’échappe pas à une forme quelconque de systématique imposée, qui détruit le rapport entre le maître et son élève. Comment la psychanalyse se porte-t-elle dans un milieu pareil?
Ceux qui souhaitent se faire former afin d’entamer un travail clinique doivent posséder une connaissance profonde qui couvre tous les couches de l’appareil psychique: neurobiologique, cognitif, comportemental, développement et social. A couse de cette systématisation imposée, l’enseignement risque à se limiter à une transmission simple d’un savoir écrit ou téléchargé. Ici nous sommes bien éloignés de la lecture dialectique des textes originals de Freud comme l’avait proposé Jacques Lacan dans le cadre de son séminaire. En outre, cette démarche impose des limites sévères à la possibilité une formation (par opposition à un enseignement)
comme fruit d’un parcours particulier. La psychanalyse, peut-elle survivre dans un contexte pareil? Et comment? Qu’est-ce qui peut être encore trans-ferré du savoir psychanalytique dans un contexte pareil?

Le terme de transfert eût à l’origine un autre emploi dans l’oeuvre de Freud. Plus tard, la signification plus familière d’un rapport s’y ajoutait. Le transfert dans le contexte actuel de l’enseignement est cependant réduit à la forme la plus étroite: le transfert d’une lettre morte. C’est pourquoi nous avons fondé ce groupe de travail. Comment une formation où quelque chose du savoir psychanalytique est transmis, que ce soit dans un contexte universitaire ou autre comment peut-elle laisser une place au rapport entre le maître et son disciple? Existe-t-il encore une articulation entre le discours universitaire et les autres? Une formation en tant que résultat d’un parcours particulier exige en effet que le rapport à l’Autre y soit impliqué, mais ce rapport semple disparaître sous le joug d’une obsessionnalisation outré de l’enseignement. Or, nous souhaitons nous mettre au travail autour de la question sur ce qui est propre à une formation inspirée par la psychanalyse et comment ceci peut survivre dans les différents contextes dans lesquels une telle formation a lieu de nos jours.

Langue: Français

Transfert – psychanalyse – formation

Dans le climat actuel de réglementation, quantification et systématisation,la question de l’enseignement ne fait, bien évidemment, pas défaut. Que l’on veuille organiser des formations en psychothérapie vérifiées et standardisées, ou que l’on veuille fournir les étudiants (universitaires) d’un enseignement de qualité avec surtout des procédures d’évaluation transparentes – où chaque cours doit être accessible online pour que l’étudiant puisse les suivre à son gré – l’enseignement n’échappe pas à une forme quelconque de systématique imposée, qui détruit le rapport entre le maître et son élève. Comment la psychanalyse se porte-t-elle dans un milieu pareil?

Ceux qui souhaitent se faire former afin d’entamer un travail clinique doivent posséder une connaissance profonde qui couvre tous les couches de l’appareil psychique: neurobiologique, cognitif, comportemental, développement et social. A couse de cette systématisation imposée, l’enseignement risque à se limiter à une transmission simple d’un savoir écrit ou téléchargé. Ici nous sommes bien éloignés de la lecture dialectique des textes originals de Freud comme l’avait proposé Jacques Lacan dans le cadre de son séminaire. En outre, cette démarche impose des limites sévères à la possibilité une formation (par opposition à un enseignement)
comme fruit d’un parcours particulier. La psychanalyse, peut-elle survivre dans un contexte pareil? Et comment? Qu’est-ce qui peut être encore trans-ferré du savoir psychanalytique
dans un contexte pareil?
Le terme de transfert eût à l’origine un autre emploi dans l’oeuvre de Freud. Plus tard, la signification plus familière d’un rapport s’y ajoutait. Le transfert dans le contexte actuel de l’enseignement est cependant réduit à la forme la plus étroite: le transfert d’une lettre morte. C’est pourquoi nous avons fondé ce groupe de travail. Comment une formation où quelque chose du savoir psychanalytique est transmis, que ce soit dans un contexte universitaire ou autre comment peut-elle laisser une place au rapport entre le maître et son disciple? Existe-t-il encore une articulation entre le discours universitaire et les autres? Une formation en tant que résultat d’un parcours particulier exige en effet que le rapport à l’Autre y soit impliqué, mais ce rapport semple disparaître sous le joug d’une obsessionnalisation outré de l’enseignement. Or, nous souhaitons nous mettre au travail autour de la question sur ce qui est propre à une formation inspirée par la psychanalyse et comment ceci peut survivre dans les différents contextes dans lesquels une telle formation a lieu de nos jours.

Langue: Français

Transfert – société – institution

Lorsqu’on se penche sur l’impact du discours social sur le transfert, une chose devient assez vite manifeste: la société qui prêche une satisfaction immédiate semble créer à la fois une intolérance envers le manque et une croyance soutenue en la possibilité d’y trouver remède. En ces temps institutionnels de quantification et de savoirs “evidence-based” d’experts
professionnels, il semble que c’est le sujet souffrant qui risque de disparaître de vue. Le but étant avant tout d’éliminer de manière adéquate les symptômes. En cas d’actes transgressifs, la pareille est rendue en forme de punition.
Dans les plans de traitement ce sont la transparence et la minutie concrète qui doivent primer. Les séjours sont de préférence courts. Et si des effets tangibles se font attendre, le patient est vite transféré à un autre service, où d’autres experts l’accueilleront. Les temps de traitement sont strictement limités ; ne restent que des questions, accompagnées de réponses vite-faites et toujours insuffisantes.

Dans ce contexte, le registre de la demande prend le dessus sans laisser de place pour la dimension du désir. Ce qui y apparaît comme quelque chose de plus en plus controversé et suspect, c’est le transfert. Cette politique considère les soins comme un moyen totalement inefficace pour contribuer au rétablissement de gens ‘malades’ en individus économiquement rentables. Mais cette même politique complexifie et entrave de manière frappante les voies pour sortir du handicap, la maladie, le mal-être. Nous notons aussi des effets dans la manière dont le soignant et le patient se rencontrent dans une « thérapie ».

Malgré le fait que le soignant se positionne de plus en plus avec des solutions « ready-made », le patient continue à se présenter avec une demande de guérison et continue à supposer chez l’équipe soignante un savoir. Un psy qui ne surenchère pas en réponses toutes faites et qui invite à un parler plein (et lent), est souvent suspecté d’une imposture anachronique et remercié. Il est en effet plus facile de se tourner vers des moyens légaux (les médicaments) ou illégaux (les drogues), qui entravent la réalisation d’un transfert maniable, ou vers un psy plus apte.

En outre, le soignant a aussi sa part de responsabilité. Si déjà il utilise le concept de transfert dans sa pratique, sa façon de le manier sera déterminante. Invariablement, un patient fera appel à un membre de l’équipe, qui pourra alors décider de participer, ou non, à ce combat
fantasmatique qui l’attend. Mais trop souvent le transfert est traité de manière duale. Il devient un piège où les parties se perdent soit dans la position de soins, soit dans celle du rejet. Le seul transfert qui est considéré comme valable, est alors le contre-transfert. De cette façon, au lieu d’être un lieu de confrontation, de support et de perlaboration, un contexte thérapeutique devient un cocon (trop) confortable qui entretient l’illusion qu’une réponse adéquate se fera jour.

Des deux côtés de cette dualité (soins et rejet) le manque est intolérable et se résout dans un agir immédiat. Ce qui contribue à une érosion complète des soins de santé mentale et à son image d’un poste déficitaire qui pèse sur notre économie. Dans une telle société, où l’idéal en vigueur est un consumérisme individualiste et insouciant, où la satisfaction immédiate constitue la règle et où « le salut » est présenté comme imminent pour celui qui le veut vraiment, l’approche psychanalytique ne peut que devenir marginale. Ce rapport subtil et précieux entre humains qu’est le transfert, ainsi que sa force spécifique permettant d’explorer et d’établir graduellement un (entre-)espace de confiance, risque de se faire de plus en plus rare.
Notre but n’est toutefois pas de nous enliser dans ces critiques et ces plaintes. Nous invitons chacun à avancer des mots et des (esquisses de) réponses sur ce qui se présente actuellement en institution. Comment, aujourd’hui, organiser et justifier un travail autour de la force du transfert ?

Langue: Néerlandais avec traduction interactive

Modalités d’engagement transférentiel au nom de la psychanalyse

L’idée est le fruit d’un débat au sein des CCAF et de leurs délégués à l’I-AEP : nous souhaitions nous saisir de l’argument proposé par nos collègues de Gezelschap et en débattre en amont du Séminaire avec des collègues d’une autre association membre de l’I-AEP. L’École Belge de Psychanalyse a répondu à notre invitation. Nous avons pensé ensemble à un dispositif :
constituer un groupe clinique avec des membres des deux associations, trois rencontres et un temps de partage en atelier lors du Séminaire. Ce temps signera la dissolution du groupe.
Dès les premiers échanges, évoquer la pratique nous a conduits à questionner la signifiance du « psychanalyste » ou de la « psychanalyse » en tant que NOM pris au sein du transfert de l’analyste ou de celui qu’il accueille, et cela, dès les premiers entretiens.
De l’analyste averti à l’analyste prévenant, s’il ne veut pas être prévenu, ce qui est en jeu est la possibilité même de créer les conditions nécessaires pour qu’une parole intime puisse se déplier au-delà de ses retranchements derrière ce que produit aujourd’hui la phobie de la psychanalyse.

Langue: Français

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