Séminaire I-AEP des 2-3-4 juin 2023
Au nom du GEPG, je vous remercie de participer à ce séminaire que nous avons proposé à l’I-AEP, avec une pensée particulière pour ceux qui viennent de loin et sans oublier les membres du GEPG qui ont consacré beaucoup de leur temps pour que ce séminaire se déroule dans de bonnes conditions, d’autant plus que nous inaugurons la traduction simultanée.
Pour le GEPG, ce séminaire sera un temps de ponctuation d’une élaboration en cours depuis environ 3ans qui nous a conduit à nous intéresser à la démarche de l’artiste, telles que ses productions peuvent en témoigner. Certes nous savions, comme l’a dit quelqu’un que vous connaissez bien, que l’artiste précède le psychanalyste. Mais, c’est probablement une certaine lassitude à la lecture de la littérature psychanalytique qui nous a conduit à nous intéresser à autre chose, la peinture, puis la danse, et dernièrement la poésie. C’est l’insistance de la répétition qui nous amène à considérer celle-ci comme un symptôme d’un moment du mouvement psychanalytique en mal de relance pour penser le malaise dans la civilisation aujourd’hui. C’est dans les moments de butée d’une discipline que le recours à une discipline affine peut se révéler fructueux comme l’a montré le recours que Lacan a trouvé dans l’anthropologie structurale et la linguistique.
En quoi l’artiste peut-il nous aider à produire une relance de la psychanalyse ? Il faut remarquer que le propre de la création artistique consiste à subvertir une forme installée pour produire, si nous prenons l’exemple de la peinture, un autre regard, quelque ait été la qualité de cette forme précédente. Il s’agit de l’évider d’un trop de jouissance pour faire apparaitre au lieu de l’Autre, l’objet a cause du désir alors que la familiarité avec une forme sature son pouvoir de relance. Cette passe, je n’emploie pas ce mot innocemment, peut parfois prendre les aspects du « choc » cher à Walter Benjamin où le réel se manifeste sans que nous puissions le pacifier par un savoir déjà là. En sachant cependant, qu’il sera très vite apprivoisé par l’ordre des discours.
Notre époque se caractérise par une banalisation des signifiants de la psychanalyse, comme s’il allait de soi que chacun avait voulu coucher avec sa mère et tuer son père et inversement selon le genre. En d’autres termes, cette vulgate qui donne un sens phallique au manque, dans le moins pire des cas, fait écran au manque de l’Autre soit au réel.
C’est là où les pratiques de l’artiste et du psychanalyste se rejoignent dans leur visée de faire advenir au-delà de la belle forme ou d’une normalité pathologique la dimension du manque de l’Autre soit le réel de l’ab-sens du rapport sexuel. Elles sont affines au sens où cette visée constitue une éthique et non pas une distraction ou une thérapeutique.
Elles peuvent donc dialoguer et se relancer. Concernant la psychanalyse, l’impasse actuelle me semble relever d’un praticable qui s’est figé dans la psychanalyse des névroses. Ce n’est pas qu’elles aient disparu, mais la prolifération des objets en tous genres inducteurs d’addictions diverses et la domination du numérique qui semble promettre l’obsolescence du sujet supposé savoir font que le psychanalyste n’apparait plus comme un recours possible au malaise aussi bien individuel que collectif et quand cette demande nous parvient néanmoins, il apparait que nous ne pouvons plus prononcer une indication de cure psychanalytique d’emblée, mais que ce passage à l’analyse ne pourra advenir que si le sujet en quelques entretiens mais devant parfois être prolongés longtemps est amené à constater les effets de sa parole qui inaugurerons le transfert.
La psychanalyse est née avec Freud par un autre discours sur le symptôme à une époque où celui-ci paraissait syntone à ce qui se jouait dans le social, la faillite du théologico-politique et son corollaire celle des pères. Aujourd’hui où la dite intelligence artificielle produit un savoir sans sujet et que cette perspective inquiète beaucoup du fait de ses mésusages possibles, la psychanalyse n’a-t-elle pas à faire valoir combien cette dimension du sujet est consubstantielle à sa pratique et qu’à ce titre elle fait œuvre de culture ?
Albert Maître