Merci à vous tous de m’accueillir dans ce travail en cours. De mon côté j’ai tenté de prendre appui sur vos références (mais j’ai encore du chemin à faire !) afin de pouvoir revisiter le deuil et la mélancolie au travers d’un poème que vous connaissez bien, « le lac » de Lamartine laissant de côté celui de Poe, le corbeau.
Suivant vos réflexions et références je le relu différemment pensant que parfois il y a une nécessité de trouver une poétisation à la levée du divan afin que celle-ci ne soit pas vécue comme une reprise de conscience au sortir d’un KO par cognée de la séance, ni comme une crevasse du temps selon l’expression de Paul Celan, quand le fil du discours s’interrompt.
Une fin de séance peut parfois déboucher comme dans un rêve sur un impossible à reconnaître, un ombilic, un trou.
C’était une réponse de Lacan à une question de Ritter à Strasbourg en 1975 concernant cette limite qui fait cicatrice : « quand nous parlions de l’impoétique, c’est le fond sur lequel se produit le poétique ».
Que pouvons-nous espérer à la sortie de celle ou celui qui nous consulte au franchissement de la porte, à la poignée de main (pour ce qu’il en est de nos coutumes), cet acte particulier.
Que va-t-il faire de ce qu’il vient de dire ? de tout ce qui est tombé du divan comment faire pour que cela ne soit pas un dialogue désespéré comme il arrive souvent lorsque nous dialoguons avec les choses : lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure ! zéphyr…tout dise : « ils ont aimé ! »
« Le poème est alors devenu solitaire. Il est solitaire et en chemin celui qui l’écrit l’escorte jusqu’au bout… le poème a lieu dans la rencontre dans le secret de la rencontre.
Le poème veut aller vers un autre, il a besoin de cet autre en face de lui. Il est à sa recherche, il ne s’adresse qu’à lui » et il ne cessera pas de ne pas s’écrire avec cette limite que celui-ci n’est pas un écrit journalistique.
« Le métier écrira Celan dans Le Méridien, c’est l’affaire des mains. Seules les mains vraies écrivent de vrais poèmes. JE NE VOIS PAS DE DIFFERENCE DE PRINCIPE ENTRE UNE POIGNEE DE MAIN ET UN POEME. »
A la fin de la séance, la poignée le franchissement de la porte… que va-t-il faire de tout cela de tout ce qui est tombé du divan par quelle grammaire pour quel trope pourra t’il écrire son poème, trouver sa fonction sujet, sujet de l’écriture d’un acte… du poème à venir, qui le porte à la vie.
Sur cet ombilic de fin de séance il y a ce délicat passage de l’impoétique au poétique, poétique comme persistance de sens, plutôt que de disparaître (léthalement) le sentiment d’avoir appris que « RIEN C’EST RIEN ».
Comme le dit le vieux poème : « on part comment ? pour quoi ? pour où ? N’oublie pas que l’heure du voyage est revenue et souffle tes yeux au loin. »
« Selon Euripide, la phren, explicitement et principalement liée à la pensée, désigne soit la source et le siège de l’activité intellectuelle soit le produit de cette activité ». (Chrysikou Styliani. Euripide entre tradition et innovation : l’emploi de Phren-Phrenes).
Le vieux poème existe-t-il ? mais sa citation représente le noyau dynamique du film d’Angelopoulos : Le pas suspendu de la cigogne.
Peut-on espérer que la poignée de main puisse instaurer une disjonction entre la source et le produit de cette activité ? Avec pertinence Maryse Groosmith fait remarquer que « la poignée de main » n’attend pas le franchissement de la porte…
En conclusion de notre travail il a été relevé que les finalités de l’acte analytique et de l’acte poétique ne sont pas les mêmes.
Claude MASCLEF, Cambrai le 14 mai 2023