Le titre pourrait être : « Désarticulation ou déstructuration de l’organisation signifiante par le rapport privilégié que le poète entretient avec lalangue ; lalangue comme « lieu des jouissances déposées dans la langue, c’est-à-dire le réel « .
Quelque chose est injecté dans la langue et la fait voler en éclats. (par exemple, par l’injection d’onomatopées, ou d’équivoques, on fait surgir une langue d’avant la langue, lalangue, une matière, une substance jouissante. Lalangue, c’est notre ronron à nous, les êtres parlants, par rapport au ronron du chat qui est jouissance de tout le corps. Elle est faite pour jouir, pas pour communiquer. Lacan essaye de la faire advenir dans la langue française et parodie Joyce pour ‘démantibuler’ la langue. (par la création d’onomatopées, de créations phonématiques nouvelles , etc.. (La troisième).
Parlant de Joyce, il dit : La jouissance, cette jouasse, cette jouissance est la seule chose que dans son texte, nous pouvons attraper. Là est le symptôme. Joyce, par ses jeux de langue , indique directement les procédés de l’inconscient.
Dans le Sinthome, Lacan dit que lalangue est purement ce qui conditionne le symptôme, celui-ci étant défini comme la réalité psychique. (page 167) Le terme de la langue est annoncé dans Litturaterre par l’introduction de la lettre, littoral entre le savoir inconscient et la jouissance, le langage et le corps.
Dans l’Etourdit, il définit lalangue comme « rien de plus que l’intégrale des équivoques que l’histoire (singulière) y a laissé persister ». Lalangue n’est pas seulement la langue maternelle qui renverrait à la seule histoire singulière, il la définit, cette même année, dans la Troisième :
« Comme le lieu d’un dépôt, l’alluvion, la pétrification qui s’en marque du maniement par un groupe de son expérience inconsciente « .
Ce n’est pas parce que l’inconscient est structuré comme un langage, « que lalangue n’a pas à jouer contre son jouir, puisqu’elle est faite de se jouir même ».
C’est de ce rapport privilégié à lalangue que l’artiste peut faire œuvre littéraire. C’est cette connexion possible avec la jouissance qui esten jeu. C’est d’un certain usage de cette dernière, parce qu’il a un rapport particulier au réel, que l’artiste et son œuvre nous instruisent, quitte à ce que ça passe sur son corps, quitte à ce qu’il risque sa vie même.
Pour Celan, le poème se situe à ce niveau pré-syntaxique et pré-logique,d’ après Lévinas.
L’oeuvre de Joyce comme production « sinthomatique » de sa psychose.
C’est par son oeuvre qu’il peut se faire un « escabeau », son « escabeaustration», opération par où Lacan met en exercice « lalangue » dans la psychanalyse.
Pour Lacan, il s’agira d’approcher le moment où le langage ne se définit plus par ce qu’il dit, encore moins par ce qui le rend signifiant, mais par ce qui le fait couler, fluer, éclater. La Beat génération indexe son expérience de l’écriture à celle de la drogue en visant le hors-sens. Lacan dégagera le concept de joui-sens, la drogue permettant de « rompre le mariage avec le phallus ».(littérature américaine comme envers
de la castration, explorée par Lacan.
Quant à l’oeuvre littéraire d’Artaud, et ce qu’elle exemplifie comme puissance créatrice dans son rapport au réel, elle crève le mur du signifiant. Le « corps sans organes » signifie la limite de toute organisation signifiante, et même de toute organisation physique toujours déjà domestiquée par le symbolique et l’imaginaire. Ce « corps limite » du schizo », rétif à toute organisation, est aussi bien la possibilité de faire un trou dans les codes.
Des hommes brouillent les codes, font passer des flux, franchissent une limite, crèvent un mur. Il arrive qu’ils ratent le processus. Se referme alors l’impasse névrotique-papa,maman et l’oedipianisation. Mais à travers les impasses, un flux coule qui ne se laisse pas coder, une violence faite à la syntaxe, une destruction concertée du signifiant, un non-sens, une poly-vocité qui vient hanter tous les rapports.
L’oeuvre de l’artiste comme sa vie sont dans un rapport au réel qui lui permet sa créativité par laquelle il dépasse les limites des prescriptions des codes de son époque, et par où, se déjouant des signifiants institués, il les fait fuir pour leur imprimer de nouvelles formes. C’est tout l’envers de la structure que Lacan avait découvert avec l’objet a. Peut-être pourrons nous prendre appui sur ce petit texte pour discuter entre nous.
Michèle Langlois