La singularité de la psychanalyse

En quoi la psychanalyse n’est pas une psychothérapie.
Séminiare de l’I-AEP de Turin- avril 2015

Ce texte a été écrit suite aux élaborations partagées dans notre travail entre deux langues le 29 mars 2015 à Grenoble, avec nos collègues de Turin. La relation qui existe entre la pratique du dit psychanalyste et les concepts théoriques de la psychanalyse nous permettent de réfléchir à la singularité de l’acte analytique, et à tenter de réfléchir à cette insistante question: Pourquoi l’analyse ne peut être absorbée dans le terme de psychothérapie? En savoir plus

Du malaise au fétichisme dans la civilisation

Avec la Révolution française (en fait celle de la modernité), Saint-Just avait pu penser que le bonheur était devenu une affaire politique. Ceci impliquait qu’il revenait au pouvoir politique de réaliser, ici bas, le paradis que l’Ancien régime, de nature théologico-politique, avait laissé prudemment, dans l’au-delà. Cette bonne intention d’assurer le bonheur de son prochain a engendré, pour réduire les démentis du réel, des régimes politiques totalitaires et sanguinaires. En savoir plus

Du nom et de sa dissémination dans une narration de Proust

Upon the brimming water among the stones
Are nine-and-fifty swans
William Yeats

And what’s the profit ? Only that, in time,
We half-identify the blind impress
All our behavings bear, may trace it home
Philip Larkin

Je propose, pour notre rencontre, d’évoquer l’unique épisode italien de La Recherche du Temps Perdu. L’intérêt de cet épisode italien vient de ce qu’il perturbe le fil de la narration sans l’enrichir d’aucun événement et marque pourtant ma lecture de l’œuvre de Marcel Proust. En savoir plus

Quelques paradoxes éthiques de la psychanalyse

Intervention proposée lors du séminaire sur « l’éthique de la psychanalyse » de l’Inter-Associatif Européen de Psychanalyse d’octobre 2014 à Paris. En savoir plus

De quoi la « narrativité » est-elle le symptôme ? »

Il convient de préciser que la notion de symptôme, pour le psychanalyste, est à entendre comme « le retour de la vérité comme tel dans la faille d’un savoir » (J. Lacan) (1). Elle se distingue de la conception médicale où le symptôme est conçu comme une anomalie et un écart par rapport à une norme. Ainsi l’apparition de la psychanalyse à la fin du XIXème siècle peut être considérée comme un symptôme exprimant l’impossibilité du discours médical à rendre compte de l’hystérie autrement que par la suggestion ou par la simulation. En savoir plus

A propos du lien social des analystes

La spécificité de la psychanalyse, en tant que praxis traitant du symptôme, repose sur une certaine conception de l’Inconscient, telle que l’ont développée Freud, Lacan et d’autres. Ce qui la caractérise c’est l’irréductible du refoulement (Urverdrängt), soit l’impossible pour la connaissance d’en venir à bout. Ceci rend compte que, malgré la durée de nos analyses, « supervisions », enseignements et autres « formations », le désir de l’analyste demeure encore et toujours tributaire d’une parole adressée transférentiellement à d’autres analystes sous quelque forme que ce soit. Telle est la raison profonde du lien social des analystes, même si la dimension imaginaire d’une reconnaissance mutuelle en constitue le semblant.
L’histoire du mouvement analytique a été marquée par de nombreux conflits et scissions qui peuvent faire douter de la consistance même de ce mot psychanalyse puisque sous ce vocable se rangent théories et pratiques disparates. Chacune, bien entendu ayant la conviction d’être dans la vraie voie. En savoir plus

La psychanalyse et les psychothérapies, quelles différences?

En analyse, ou perdu en thérapie ? In Treatment. Lost in Therapy. Clotilde Leguil.

Séminaire de juin 2014

 

Isabelle Carré

J’aimerais que nous tentions de réfléchir à cette question à partir du dernier livre, Clotilde Leguil, psychanalyste et passionnée de cinéma, dans lequel elle s’intéresse à la série américaine In treatment. (traduit en français par « en analyse ») Paul Weston (incarné à l’écran par Gabriel Byrne) est un psychothérapeute new-yorkais. Nous découvrons au fil de la série sa pratique, sa vie privée ainsi que des éléments de son analyse personnelle. La série est montée de telle sorte que chaque épisode corresponde à la séance d’un patient et cinq épisodes décrivent une semaine de la vie de l’analyste/thérapeute (?) avec, le vendredi, sa séance de supervision. La série a pour ambition de montrer les mouvements de la cure et du transfert, ses avancées mais surtout ses impasses mettant en perspective les difficultés de Paul avec ses patients ainsi que celles qu’il rencontre dans sa propre existence. En supervision, il se rend chez Gina, une psychothérapeute à la retraite qui a été sa thérapeute pendant huit ans.

Le livre quant à lui a pour angle d’approche un regard extérieur, amusé, intrigué sur ce qui se déroule sous nos yeux. L’auteur s’interroge sur les ratages de la pratique d’un psy, parfois analyste, parfois thérapeute. Mais savons-nous vraiment quel titre il se donne? C’est bien la question la plus fondamentale, la plus cruciale de la série et du livre de Clotilde Leguil. D’où une tentative d’ouverture sur une question fort actuelle : qu’est-ce qui différencie fondamentalement la pratique de la psychanalyse de celle de la psychothérapie ? L’élaboration de Clotilde Leguil est d’emblée attractive, et le cheminement clair, sans trop d’idées reçues.

L’auteur a parfaitement raison d’annoncer que Paul Weston est de loin le patient le plus intéressant de la série. Ce psy passe son temps à vouloir trop bien faire ou faire le bien. Or, un analyste n’est pas censé avoir pour fonction de faire le bien, et la série met en exergue ce ratage permanent qui fait passer Paul à côté des désirs inconscients de ses patients. « Il ne semble laisser place qu’au discours du moi sans vraiment accéder à la question du sujet » écrit Clotilde Leguil. Dans sa pratique, il manifeste une grande empathie qui semble déclencher chez ses patients soit des fantasmes amoureux, soit une agressivité empreinte de rivalité, de rapports de force, de relation en miroir. Clotilde Leguil décrit un hiatus majeur entre le discours courant qui se veut rassurant et un certain rapport à la parole et au signifiant qui va avoir un effet sur le sujet qu’elle nomme efficacité symbolique de la parole. Elle évoque ainsi trois éléments remarquables : le rapport à la parole, la place du symptôme et la manière dont celui-ci va se répéter dans le transfert. Elle montre en quoi, dans la pratique de Paul Weston, l’analyse est absente et conduit au désastre, aux acting-out et aux passages à l’acte.

Les problèmes relationnels, les symptômes évoqués par les patients dans la série sont, le plus souvent, intriqués aux évènements de la vie courante et racontés sur le mode du bavardage à propos du quotidien.

Les situations sont choisies et souvent présentées de manière caricaturale. Dans ces conditions il est évidemment périlleux d’établir une argumentation à partir de ce qui nous est montré.

Avancer que Paul Weston ne serait pas à l’écoute de l’inconscient et que c’est ce qui ferait échouer ses cures me semble à certains endroits judicieux et à d’autres précipités.  » Qu’y a-t-il dans la parole de tellement redoutable pour que, si souvent, l’homme choisisse de l’accepter pour la faire bavarder plutôt que de la faire parler ? » pourrait être l’interrogation de l’auteur. Le personnage de Paul énonce la règle : vous avez besoin d’un thérapeute et de quelqu’un qui s’occupe de vous, je ne peux pas faire les deux à la fois.

Paul veut certes trop bien faire et il est très embarrassé quand ses patients semblent sourds à ses interprétations et tentatives d’approche de leur inconscient ou de mise en perspective des questions soulevées au cours de la séance. Son interrogation est bien la suivante :  » comment se positionner avec des patients dont le souci immédiat est d’avoir des réponses à leurs questions, des  » yes or no », des  » having a abortion or not having an abortion. », comme dans le cas de Jake et Amy, un couple qui consulte, et vient juste chercher la réponse d’un psy à leur question : avorter ou ne pas avorter. Le mari notamment, Jack, ne vient pas pour entendre ce que le thérapeute peut déplacer, il vient chercher un assentiment, il est très agressif, et dès le départ le malentendu s’installe. Ce que Paul Weston tente de lui faire entendre :  » Regardez comme vous me coincez pour que je vous donne la réponse que vous n’avez pas envie d’entendre. Si je devais vous dire là maintenant, je vous dirai de faire pratiquer un avortement. » (« I think you should get a abortion. ») Le Jack en question l’entend comme une sentence réelle mais pas du tout comme une phrase prononcée sur une autre scène, imaginaire, pour le décaler, le fait réagir… D’où la répétition du malentendu perpétuel. Paul va trop fort, trop vite, et en lieu et place d’interprétation, se trompe de scène. Ce sont ces malentendus répétés qui m’ont fort intéressée dans la série, mais plus comme une mise en relief des erreurs d’interprétations ou de pratique qu’une opposition claire et nette entre psychothérapie et analyse. Pour des soucis de scénario, je suppose qu’il était aussi plus facile de mettre en scène des thérapies interpersonnelles ou le psy s’expose, se plante, se lâche, qu’une analyse dans le silence ponctué de quelques relances et interprétations, ce qui serait sans doute devenu très vite ennuyeux.

La série décrit un psy qui a perdu son chemin, au point de commettre des fautes d’éthique grave, dont un passage à l’acte avec une de ses patientes. On pourrait résumer Paul à  » tout ce que vous avez voulu savoir sur ce qui n’est ni de l’analyse, ni de la psychothérapie, sans jamais oser le demander. » Par contre, remonter le cours de la vie de Paul Weston et permettre ainsi de comprendre les raisons pour lesquelles il commet un certain nombre d’erreurs me semble très bien décrit dans la série. C’est le thème d’un des films de Nani Moretti, la chambre du fils, qui raconte l’histoire d’un analyste qui finit par constater qu’il ne peut plus entendre ses patients après le décès de son enfant. Le fait qu’il soit analyste ou qu’il exerce la psychanalyse ne le protège pas des effets dévastateurs provoqués par ce deuil. Un psychanalyste reste un être ordinaire, soumis aux aléas de la vie.

Dans une cure analytique l’analyste est parfois pris pour un thérapeute ou un conseiller. C’est la manière qu’il aura d’entendre cette parole qui va déplacer la demande. Mais une cure ne me semble pas être ou ne pas être purement analytique en tant que telle, comme il n’y a pas d’être analyste. C’est en cela que ce livre m’a apporté des pistes de réflexions sans que j’adhère forcément à l’argumentation dans ses aspects trop démonstratifs.

Clotilde Leguil écrit :  » la série semble viser non pas ce qu’il y aurait d’impossible dans la psychanalyse mais ce qu’il y a d’insupportable pour le psy lui-même en tant que personne. » Je ne sais pas quelle est la visée de cette série, mais elle a le mérite de donner à penser. L’exercice toujours périlleux est d’ouvrir des interrogations sans tomber dans les travers d’une psychanalyse du dit psy, héros de la série. Le livre me perturbe justement lorsque l’auteur utilise certains détails et certaines répétitions mises en scène pour leur donner une interprétation qui va (trop ?) dans le sens global de son argumentation. C’est dommage, car il me semble que l’écriture commet la maladresse de s’approcher d’une forme de psychanalyse appliquée qui contredit à mon sens le concept même d’interprétation proposée en analyse. (Un patient qui crache son café sur la table basse, une autre qui vomit, ou laisse sa pizza sur la table basse, seraient des signes qu’ils vomissent et rejettent leur psychothérapie. Ou les fausses couches des patientes qui seraient des signes des ratages de la psychothérapie. Ou le propos sur l’absence des pères.) Ce sont ces passages qui me dérangent dans le livre car ils abîment le propos même et le sujet globalement très intéressant, dont la question reste ouverte et essentielle, auquel l’auteur a le mérite de se coller avec audace : quand est-t-on en analyse et en psychothérapie, et qu’est ce qui dissocie profondément ces deux pratiques ? Ce sont bien des pistes de réflexions qui méritent que l’on s’y attarde.

 

Remarques sur une problématique de l’éthique de la psychanalyse

Le séminaire de J. Lacan sur l’éthique de la psychanalyse distingue cette dimension de celles de la déontologie, de la morale et des lois de la Cité. Opportunément me semble-t-il, car ce qui est en jeu dans ce qu’il vient de spécifier »éthique de la psychanalyse » concerne au premier chef l’objet et l’acte psychanalytique ainsi que la question de la fin et des fins d’une psychanalyse. C’est dire que la question éthique est inhérente à la pratique de la psychanalyse. En savoir plus

Au commencement était la haine…

Et, elle est apparue au sein même de la fraternité, si nous attachons quelque valeur d’enseignement à ce que nous incite à penser ce moment mythique, où Caïn tue son frère Abel. Caïn n’ayant pas supporté que leur père ait témoigné une préférence pour ce frère. Cette haine semble donc avoir pour ressort ce sentiment éprouvé d’une dépossession, réelle ou imaginaire, au profit d’un autre. Notons que, dans ce cas comme souvent, cette dépossession est celle de l’amour d’un Autre dont on va se sentir injustement privé. Saint-Augustin l’évoque aussi dans un passage des Confessions où il constate l’expression d’une rage haineuse sur le visage d’un enfant, ne parlant pas encore, alors qu’il assistait à la tétée de son cadet. En savoir plus

Incidences du lien social des psychanalystes sur la transmission de la psychanalyse

L’analyse du futur analyste s’est imposée à Freud dès lors que sa pratique lui appris que les résistances sont, au premier chef, celles de l’analyste. Simultanément il lui apparu tout aussi nécessaire d’institutionnaliser le lien social des analystes par la fondation de l’IPA pour, entre autres, attester de la formation de ses membres. En savoir plus