Camille Claudel est née en1864 et elle est morte en1943. Elle est la seconde d’une fratrie de 4 enfants : Camille naît après Charles Henri qui ne vit que quelques jours. Puis viennent Louise et Paul (Paul Claudel l’écrivain)
Elle a été la collaboratrice et la compagne de Rodin. Comme ce n’est pas mon objet aujourd’hui de faire de la psychanalyse appliquée, ce qui a déjà été fait avec talent, je n’en dirai pas plus de sa biographie.
Je vais vous présenter 3 de ses œuvres :



Que se passe-t-il pour une spectatrice ou un spectateur qui s’arrête devant ces œuvres ? ( à condition qu’il ou elle soit intéressé(e) ) Dans un premier regard , il y a, me semble-t-il, un temps de sidération.
Rien ne se dit, pendant quelques instants, du côté du spectateur, de la spectatrice.
Du côté de la créatrice, c’est l’aboutissement d’un long travail conscient / inconscient, qui se clôt dans
L’œuvre terminée. Cette diachronie de la création se résoud dans la synchronie de l’œuvre achevée.
Cet aboutissement n’est-il pas de l’ordre de la métaphore avec sa traversée de la barre résistante à la signification, et l’accès direct à l’insu de tout sujet, courcircuitant ainsi les refoulements.
Si pour les artistes il s’agit de donner forme à… , comme ils/elles le disent souvent , pour la spectatrice / le spectateur, ne pourrait-on dire, en reprenant une phrase de Christine Masduraud, psychanalyste et artiste :« elle a donné forme à des choses déjà en moi ».
Il ne serait pas surprenant d’évoquer à propos de L’Implorante et de L’âge Mûr, une demande d’amour, le désir oedipien, la jalousie etc…les corps sculptés sont saturés de signification, de discours.
Par la douceur évidente du bronze, ils sont également significatifs du modelage qui les a fait naître, tels des nourrissons attentifs (la tendresse maternelle a cruellement fait défaut à Camille Claudel).
Donner forme à du subjectif, conscient et inconscient, le faire advenir au présent certes, ne peut- on aller plus loin, au-delà et en deçà de l’histoire présentifiée ? Il s’agit, de façon plus radicale, de donner forme à ce qui n’est pas encore représenté, écrit : « à ce qui ne cesse pas de ne pas s’écrire » : le Réel de Lacan.
Il me semble que c’est ce que nous montre Camille Claudel avec La Valse. Dans cette sculpture, un couple enlacé jaillit de l’informe d’un socle pour faire Un le temps d’un instant. Leur déséquilibre les fige dans cette aspiration aussi vaine que fascinante.
ON retrouve là la tradition platonicienne des retrouvailles avec l’unité perdue. Aimer c’est aspirer à ne faire qu’un, comme le reprendra Lacan.
Valérie Marchand, 2/5/23