Catherine de Saint Phalle dite Nicki de Saint Phalle est une plasticienne artiste peintre graveuse sculptrice né le 29 octobre 1930 à Neuilly-sur-Seine, morte le 21 mai 2002 à La Jolla, Californie. Elle a épousé Harry Mathews en 1949 puis, Jean Tinguely en 1971. Figure féminine du Nouveau Réalisme, elle dit que son art est radical et religieux, en lien avec la haine pour son père violeur. Elle dit pourtant que ces Tirs dans les ballons remplis de peinture sont ludiques et sont le souvenir joyeux des tirs sur les stands des foires où, avec une carabine, les gens visent les ballons.
A 22 ans, elle est hospitalisée pour une dépression grave. « La descente dans La folie a été la plus effrayante expérience de ma vie.[1] » Ses sculptures les plus connues sont les nanas danseuses, colorées, gaies, toutes rondes, elles représentent le féminin (ou le féminisme ?) à travers l’exubérance et la confiance dans leur sexe. Elle ne s’arrête plus de les faire naître. Elle change d’atelier pour avoir la place de les entreposer à l’intérieur et à l’extérieur, elle se rend malade en respirant les produits dont elle se sert pour les fabriquer. Pour elle, c’est indispensable pour se libérer de ces traumatismes d’enfance à travers ces femmes joyeuses et affranchies.
L’autorité paternelle présente dans l’allusion au phallus dans son patronyme est soutenu par un héritage traditionnel religieux et bourgeois. Elle souffre d’avoir à adopter des comportements liés à son sexe, au rôle genré. Sa mère assume le rôle domestique, son père occupe la place du patriarche. Elle appelle le milieu où elle grandit « l’enfer ». « Peindre allège les tourments qui bouffent l’âme »[2] peindre lui permet d’être folle. Les tableaux ont un effet cathartique sur les circonstances traumatiques liées à l’autorité paternelle de son enfance.
Ces Tirs sont phalliques, ils ressemblent à l’Action Painting de Jackson Pollock. Elle y performe une gestuelle masculine évoquant la jouissance et l’éjaculation. Dans l’histoire de l’art, le corps de la femme s’offre très souvent au regard de l’homme – voyeur. Dans le Tir « Autel noir et blanc »[3], l’homme n’est plus le voyeur de l’œuvre, il incarne plutôt l’objet passif qui s’offre au regard d’autrui.
Les Nanas arrivent après la série des Tirs et performances. Elle croit au féminin et au pouvoir du féminisme en talon haut et rouge à lèvres. La puissance féminine peut s’appuyer sur la force maternelle. Les nanas sont bien rondes et bien pleines. Pourquoi pas le Nana power. Immense succès de ces Nanas dans le monde entier, elle s’épuise à leur fabrication.
Elle est follement amoureuse de Tinguely, ensemble ils créent la « HON » (elle en suédois), un projet ambitieux, sculpture monumentale de 25m de long et 15m de large. Les visiteurs entrent dans son ventre par son sexe où ils trouvent de tout : un vide ordure, une salle de cinéma, des jeux, etc.
Cette grande sculpture pénétrable évoque le plaisir féminin à l’intérieur, en contraste avec le plaisir masculin qui est à l’extérieur. Aucune pudeur ni modestie dans cette œuvre.
Ces notes à partir du travail de Beth Kearney, de l’Université de Montréal et du livre de Catherine Guennec « La sarabande des Nanas selon Niki de Saint Phalle ».
Françoise Moscovitz