A propos de la conviction délirante
Au cours de ces soirées, où nous mettons au travail les questions qui émergent des points de butée de notre pratique, je voudrais aborder un aspect insistant de notre expérience avec les sujets psychosés : la fixité au cours d’une existence de la conviction délirante. Plus exactement le caractère inentamé, une fois établie, d’une formulation délirante, même si son investissement peut être fluctuant dans le temps au point de laisser croire à sa résolution. En savoir plus
L’objet de la psychiatrie
Le débat auquel nous convie J.J. Fuster pourrait se réduire aux avantages et inconvénients des différents systèmes de classifications des affections psychiatriques puisque la notion de troubles de l’humeur introduite par le DSM s’est substituée d’une manière extensive à la psychose maniaco-dépressive de Kraepelin. Il me semble souhaitable de replacer ce débat dans un contexte plus large qui est celui d’un questionnement sur l’objet de la psychiatrie, dans la mesure où celle-ci se situe dans le champ de la science et qu’une discipline n’est consistante que par la définition de son objet. En savoir plus
Quelques remarques, en après-coup, pour en susciter d’autres
L’initiative de reprendre un travail de réflexion sur la Shoah nous est venue de livres qui en parlaient sous une forme romancée. Cette tragédie de l’Histoire n’y était plus évoquée sous la forme de récits, de témoignages ou de travaux d’historiens mais devenait un moyen de figuration pour des fictions romanesques (cf. Les Bienveillantes) ou filmées (le film de Bénigni). On se souvient que cette forme d’expression concernant la mémoire de la Shoah a suscité des controverses, au cours desquelles furent dénoncées une atteinte portée à la mémoire de la réalité subie par les victimes du fait de son usage pour des productions de fictions. Cette objection recevable, ne devait cependant pas nous empêcher de nous questionner sur ce que signifiait cette évolution du discours sur la Shoah. L’hypothèse retenue fut de l’entendre comme un travail de mémoire. Après le temps de la sidération qui suivit la Deuxième Guerre Mondiale, puis celui de la remémoration qui débuta après le procès Eichmann et qui culmina avec le film Shoah de Lanzmann, adviendrait un temps de « métaphorisation » de la dimension traumatique de cette tragédie de l’histoire. En savoir plus
Quelques remarques en guise de réponse impossible à une question :
« Qu’est-ce que la psychanalyse pour nous au sein du GEPG ? »
Il peut paraître étrange que des praticiens exerçant parfois depuis longtemps semblent demeurer encore dans un questionnement sur la nature de leur acte, à tel point qu’il serait légitime de douter de la consistance de leur discipline. Certains y verront les stigmates de la névrose qui les a poussé vers ce métier, d’autres invoqueront un masochisme incurable. Ecartons ces moqueries, c’est une question sérieuse et peut être celle qui atteste, dans la mesure où elle demeure une question, d’une position éthique. En savoir plus
Transmission et folie
Il n’est pas rare que les équipes soignantes et éducatives en psychiatrie soient confrontées à des situations difficiles où la folie d’un ou des deux parents vienne perturber la fonction parentale au point d’entrainer des effets dommageables sur le développement affectif et cognitif de leur enfant.
Parcours et nouage du fantasme
Après-coup du séminaire sur le fantasme juin 2011
Avec Freud, la notion de fantasme, qui jusqu’alors était synonyme d’une production imaginaire détournant le Moi de la réalité, va prendre la consistance d’un dispositif de jouissance ordonnant les relations du sujet à ses objets. Ce pas va lui permettre de déplacer la question de la causalité psychique d’un événement traumatique à la scène fantasmatique. Si le symptôme hystérique est l’expression et une défense contre un fantasme inconscient, il incombe donc en vue d’un dénouement possible d’examiner en quoi un fantasme serait traumatique pour le Moi. En savoir plus
Lettre aux psychiatres en formation
Une introduction à un entendement possible de la pensée délirante.
L’enseignement au cours de cette année avait pour visée de montrer qu’il y a de la pensée dans l’expérience psychotique et donc un sujet qui tente de se faire entendre et reconnaître par un Autre.
Socialement, le psychiatre, lieu d’adresse du sujet psychosé, occupe cette place de l’Autre( la majuscule dénote l’écart nécessaire d’une écoute pour qu’une parole ne soit pas réduite à son sens le plus immédiat comme dans une conversation). Il importe donc qu’il ait quelques notions des caractéristiques et enjeux du dire dans la psychose. Ceci implique de ne pas réduire la folie à une maladie d’organe ou à un déficit biologique ou psychologique. Bien qu’abandonnée depuis longtemps, l’assimilation historique de la folie à une démence n’a pas complètement disparue de nos préjugés, comme en témoigne le retour d’un intérêt pour les troubles cognitifs dans les psychoses. Nous devons donc en préliminaire revenir sur ce qui caractérise l’expérience psychotique.
A propos d’un malaise dans la psychanalyse
Un certain nombre de faits semble témoigner d’un reflux des positions occupées par la psychanalyse dans les champs du traitement de la souffrance psychique et de la culture. Elle est ainsi en voie de disparition dans l’Université et contestée comme référence pour penser le symptôme dans les institutions soignantes. Les psychanalystes évoquent une raréfaction des demandes de cure ; les associations de psychanalystes semblent en panne de vocations et déplorent une certaine désaffection de leurs membres pour la cause psychanalytique.
Un mystère plus lointain que l’inconscient
« Un mystère plus lointain que l’inconscient »
Note de lecture sur le livre d’Alain Didier WEILL
Novembre 2011
Isabelle Carré
Alain Didier Weil est analyste, il a fondé en avril 2002 avec des analystes et des artistes le mouvement « Insistance » qui est un mouvement de recherche sur la part de l’être parlant mise en jeu dans l’acte de création.
Alain Didier Weil est l’auteur de multiples livres, articles, créations artistiques. Il a écrit, parmi d’autres… » Les Trois Temps de la Loi », auquel il se réfère dans ce texte comme une relance, » Lila et la lumière de Vermeer », « l’inouï de la note musicale, l’invisible de la tache de couleur du peintre, et l’impondérable du pas de deux du danseur. » (Alain Didier WEILL, « Lila ou la lumière de Vermeer » 2004), des pièces de théâtre, dont un volume vient de sortir en 2010. (« Vienne 1913 », 2006, « Jimmy », 2001, « L’heure du thé chez les Pendlebury », 1992… etc) et le bien connu « Quartier Lacan », Denoël, 2001.
L’écriture d’Alain D.W. a gardé toute sa limpidité et son éclat depuis « Lila et la lumière de Vermeer », qui reste sans aucun doute un livre à part dans les écrits récents sur la psychanalyse. Nous retrouvons les thèmes précieux à Alain Didier-Weil, mais ce texte n’est pas une redondance des écrits précédents, même si certaines pistes se répètent, se parcourent de nouveau et se rejouent plutôt. Mais c’est bien évidemment en répétant que vient l’essence de la pensée, et que se produisent les déplacements psychiques. En savoir plus
Quelques remarques sur la réglementation de la pratique des psychothérapies
L’usage du titre de psychothérapeute est maintenant régi par le décret paru au J.O. du 22 mai 2010. Il ne s’agit pas seulement d’un titre qu’on exhibera à coté d’une qualification professionnelle actuellement en usage, mais d’une nouvelle profession qui coexistera dans le champ de l’offre d’écoute et (ou) de soins avec celles des psychiatres, des psychologues et des psychanalystes. Cette nouvelle profession a été voulue et imposée par le pouvoir politique. Il importe que nous prenions la mesure de cet acte, de ses incidences sur la pratique et la transmission de la psychanalyse. Il se peut, par ailleurs, que des psychanalystes ne puissent travailler en institutions médico-sociales que sous ce titre. Cette situation devrait amener les associations de psychanalystes à penser leur place et leur fonction à l’égard du pouvoir politique et de la Cité en produisant un discours susceptible de faire entendre la singularité de l’acte analytique .