La psychanalyse et les psychothérapies, quelles différences?
En analyse, ou perdu en thérapie ? In Treatment. Lost in Therapy. Clotilde Leguil.
Séminaire de juin 2014
Isabelle Carré
J’aimerais que nous tentions de réfléchir à cette question à partir du dernier livre, Clotilde Leguil, psychanalyste et passionnée de cinéma, dans lequel elle s’intéresse à la série américaine In treatment. (traduit en français par « en analyse ») Paul Weston (incarné à l’écran par Gabriel Byrne) est un psychothérapeute new-yorkais. Nous découvrons au fil de la série sa pratique, sa vie privée ainsi que des éléments de son analyse personnelle. La série est montée de telle sorte que chaque épisode corresponde à la séance d’un patient et cinq épisodes décrivent une semaine de la vie de l’analyste/thérapeute (?) avec, le vendredi, sa séance de supervision. La série a pour ambition de montrer les mouvements de la cure et du transfert, ses avancées mais surtout ses impasses mettant en perspective les difficultés de Paul avec ses patients ainsi que celles qu’il rencontre dans sa propre existence. En supervision, il se rend chez Gina, une psychothérapeute à la retraite qui a été sa thérapeute pendant huit ans.
Le livre quant à lui a pour angle d’approche un regard extérieur, amusé, intrigué sur ce qui se déroule sous nos yeux. L’auteur s’interroge sur les ratages de la pratique d’un psy, parfois analyste, parfois thérapeute. Mais savons-nous vraiment quel titre il se donne? C’est bien la question la plus fondamentale, la plus cruciale de la série et du livre de Clotilde Leguil. D’où une tentative d’ouverture sur une question fort actuelle : qu’est-ce qui différencie fondamentalement la pratique de la psychanalyse de celle de la psychothérapie ? L’élaboration de Clotilde Leguil est d’emblée attractive, et le cheminement clair, sans trop d’idées reçues. En savoir plus
Remarques sur une problématique de l’éthique de la psychanalyse
Le séminaire de J. Lacan sur l’éthique de la psychanalyse distingue cette dimension de celles de la déontologie, de la morale et des lois de la Cité. Opportunément me semble-t-il, car ce qui est en jeu dans ce qu’il vient de spécifier »éthique de la psychanalyse » concerne au premier chef l’objet et l’acte psychanalytique ainsi que la question de la fin et des fins d’une psychanalyse. C’est dire que la question éthique est inhérente à la pratique de la psychanalyse. En savoir plus
Au commencement était la haine…
Et, elle est apparue au sein même de la fraternité, si nous attachons quelque valeur d’enseignement à ce que nous incite à penser ce moment mythique, où Caïn tue son frère Abel. Caïn n’ayant pas supporté que leur père ait témoigné une préférence pour ce frère. Cette haine semble donc avoir pour ressort ce sentiment éprouvé d’une dépossession, réelle ou imaginaire, au profit d’un autre. Notons que, dans ce cas comme souvent, cette dépossession est celle de l’amour d’un Autre dont on va se sentir injustement privé. Saint-Augustin l’évoque aussi dans un passage des Confessions où il constate l’expression d’une rage haineuse sur le visage d’un enfant, ne parlant pas encore, alors qu’il assistait à la tétée de son cadet. En savoir plus
Incidences du lien social des psychanalystes sur la transmission de la psychanalyse
L’analyse du futur analyste s’est imposée à Freud dès lors que sa pratique lui appris que les résistances sont, au premier chef, celles de l’analyste. Simultanément il lui apparu tout aussi nécessaire d’institutionnaliser le lien social des analystes par la fondation de l’IPA pour, entre autres, attester de la formation de ses membres. En savoir plus
L’inventivité du symptôme
En attendant Lille…
Lorsque Freud prit la plume pour affirmer la légitimité de la psychanalyse pratiquée par les non-médecins, il la justifia par la situation inédite des praticiens d’une « science nouvelle » qui, de ce fait, n’avaient pu être formés à l’exercice de leur profession par l’Université. Aujourd’hui, la psychanalyse laïque ne peut plus se prévaloir ni de la nouveauté, ni de la science, mais seulement des conditions spécifiques à la transmission de la psychanalyse dont chacun sait qu‘elle repose, au premier chef, sur l’analyse du futur analyste. Toute ingérence extérieure qui se proposerait d’en contrôler l’effectuation, en dévoierait le cours. En savoir plus
La psychanalyse et la notion de spiritualité
La psychanalyse et la notion de spiritualité
Séminaire de novembre 2013
Isabelle Carré
« Nous nous sommes attaqués à une question très neuve, la preuve de l’existence de Dieu et nous sommes arrivés à la conclusion que nous étions les élus et que nous avions une mission auprès de vous…» C’est bien la question que nous pourrions poser : «qu’est-ce que croire ?»
Depuis peu, certaines revues ont trouvé un nouveau Dieu : la spiritualité, elle est à toutes les sauces ; difficile d’ouvrir une revue de psychologie, de sciences humaines ou de philosophie sans tomber sur ce terme employé de manières plus que multiples, comme un signifiant insistant, dans certains aspect de la méditation, du yoga, de la spiritualité laïque, ou dans des formules comme « la méditation est la nouvelle psychanalyse », qui glissent malgré eux et tombent parfois, mais fort heureusement pas toujours, dans les rets du positivisme. Il existe une myriade hétéroclite de pratiques visant à spiritualiser l’être humain. Mais il manque comme une pièce au puzzle, ou une parole sur ces mots apposés au point qu’ils ne signifient plus rien. David Servan Schreiber écrivait en 1999 dans Guérir :
« Les chanceux trouvent un peu d’écoute et de compréhension sur l’oreiller ou sur le divan. Pour les autres, c’est chacun sa merde. Dans le temps, on priait pour se plaindre ou implorer un coup de main; maintenant on avale Valium ou Prozac, et l’on sent bien qu’il manque une pièce au puzzle. Au tournant du siècle, on parle de plus en plus de spiritualité, mais l’on ne sait pas précisément ce que c’est. Mot valise dont on peut sortir ce qui nous arrange: écoute inspirée d’une cavatine de Schubert méditation zen, contemplation de la voûte étoilée – avec variante collective en cas d’éclipse -, lecture de Krishnamurti, orgasmes simultanés les yeux dans les yeux, odeurs d’encens, chants rythmés pendant une visite papale… Et pour ceux qui se sentent isolés, adhésion aux témoins de Jéhovah? » En savoir plus
Des « constructions dans l’analyse » de S. Freud à l’ab-sens de l’autre
Lire, relire Freud. C’est l’invitation qui m’est venue d’adresser aux soignants d’un établissement qui accueillait des adolescents présentant des pathologies caractérisées par la réitération de passages à l’acte suicidaire ou auto-mutilants. Ces passages à l’acte se révèlent avoir un effet résolutoire, mais temporaire, sur l’angoisse, ce qui par effet addictif entretient leur répétition. Ces adolescents répètent faute de se laisser le temps ou de pouvoir se remémorer. Devant la sévérité de ces passages à l’acte, ces soignants m’interrogeaient sur l’opportunité de donner du sens à ces conduites pour tenter d’en rompre la répétition et les risques parfois vitaux. En savoir plus
D’un fétichisme à l’autre
La psychanalyse, plus précisément dans son orientation lacanienne, entend le symptôme comme un fait de langage. Cela revient à dire qu’il obéit dans sa constitution à la logique langagière, tant dans son aspect formel, que par la jouissance inhérente à lalangue. Il représente une manière singulière de faire objection à l’absence du rapport sexuel, tout en répétant cette absence sous la forme d’un empêchement. Sa singularité est relative, puisque la dimension discursive du lien social imprime aussi sa marque sur l’aspect manifeste du symptôme. Ainsi, à certaines époques, l’hystérie a pu être la forme d’expression du conflit psychique, alors qu’en d’autres temps, c’est par la dépression qu’il se manifestait. Il s’agit là de moments où la plainte ne semble audible qu’en s’exprimant avec certains signifiants. Comme si, un certain consensus social s’établissait sur la manière dont pouvait se dire et être entendue une objection à la propension du discours du Maitre à faire univers par la norme qu’il édicte avec ses signifiants-maitres. En savoir plus
Contribution au débat ouvert par la question : « De quelle haine la psychanalyse est-elle le nom ? »
La haine est un affect familier pour le psychanalyste. Elle prend parfois un caractère passionnel qui laisse entendre, quand elle se porte de manière explicite sur un personnage, ce qui est son envers, un amour déçu ou plus exactement indicible. Pourquoi donc nous émouvoir d’une haine dont la psychanalyse, depuis ses débuts, ne cesse pas d’être l’objet ? La ténacité de cette haine ne connote-telle pas, par cet affect, l’insistance du retour du refoulé et que l’inconscient ne cesse pas de travailler le corps social ? Ce qui en soi situe, voire institue, le psychanalyste comme un lieu d’adresse et la haine, telle une dénégation, en témoignerait. En savoir plus
Un temps préliminaire à l’interprétation
Texte paru dans la revue Analyse Freudienne Presse, numéro 20, L’interprétation, son acte et ses effets, 2013, Erès. En savoir plus