Le réel pourrait-il toujours aller se faire voir ailleurs ?

« L’aura, c’est l’unique apparition d’un lointain, quelle que soit sa proximité »
Walter Benjamin

«Être ému, c’est se trouver engagé dans une situation à laquelle on ne ne réussit pas à faire face et que l’on ne veut pourtant pas quitter »
Maurice Merleau-Ponty

« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible ».
Paul Klee

Avant d’en arriver sur ce qui m’a amené au titre de cette page, je ne peux pas échapper à quelques mots sur/vers un cheminement.
Ce séminaire/son thème/est entré en scène dans mes mondes il a une petite poignée de mois comme un ready-made de Duchamp.
Comprenez : j’avais sous les yeux, position assez particulière, l’ensemble des titres, des thèmes et des noms des intervenants.
J’étais à la fois totalement en retard et hors d’un travail de groupe. Mais j’avais ce privilège (?) de pouvoir lire une (sorte de) carte à votre travail.

Le premier point qui n’a (re) mis au mien :
des associations légères et heureuses entre ces balises, ces repères d’un programme et mes propres territoires.
Les « illustrations » de la plaquette de ce séminaire, dont j’ai eu le plaisir de m’occuper (m’) en disent quelques signes, mais ce n’est pas l’important.
Le réel, tel que nous le comprenons du côté de l’analyse, est un concept pour le moins délicat à manier.
Rien que d’introduire ce terme, on se demande ce qu’on a dit, pointait déjà son fondateur.
De même que celui d’art.

Au fusain noir, j’ai pu tracer sur la carte du séminaire que l’art et la psychanalyse, très idéalement dits, se rejoignaient fortement pour moi du côté de l’existence et de la reconnaissance possible d’une autre scène.
(J’ai réussi à ne pas mettre de majuscule à Autre Scène, mais je pourrais…)

Ils entretiennent bien sûr des rapports très différents au mot réel, mais avec un sourire :
ils se coltinent (ou nous coltinent…) d’une manière ou d’une autre, un par un, avec l’impossible et son ombre.
Sous condition, je dirais centrale, d’une autre scène possible.

Des couleurs sont venues, aussi.
Je reste prudemment dans les frontières de l’occident et j’avance au pas de charge :

sur une perspective historique, au sens large (culturelle, sociologique, technique, anthropologique…) les sphères de la psychanalyse et de l’art qui nous occupent ici avec l’entrée « réel » recouvrent massivement et sans hasard de mon point de vue, notre « modernité ».
Elles y ont avancé ensemble. Repères grossiers de rupture(s) :
la naissance de la psychanalyse. L’impressionnisme en peinture.
La généralisation de la production industrielle de masse. L’Œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique (W. Benjamin)
Malaise dans la civilisation. La seconde de guerre mondiale et la Shoah.

Je vais laisser de côté ici les exemples d’œuvres d’Elias Canetti, de Francis Bacon, Andreï Tarkovski et de quelques autres qui m’ont fait penser que du côté de ces productions artistiques (le plus joli mot-valise de cette page…), le réel (son surgissement) avait bien un goût.

Parfois, un son.
Ou, versant scopique, un possible accès au regard. Pour revenir (enfin…) /au titre.

Sans verser une seconde dans l’idée de la fin de quoi que ce soit (ni de l’art, ni de la psychanalyse, ni de l’histoire…), je me suis permis d’avancer que le réel avait sans doute du mal, ou plus de mal, à se faire voir (ou entendre, ou goûter…) aujourd’hui. Que ce soit dans le cabinet d’un analyste.
Dans une œuvre. Dans nos vies.

Pour aller vite / une dernière fois :

Il me semble possible de discuter que des pans importants de nos subjectivités contemporaines, à 70 ans de la naissance du concept lacanien, sont désormais de plus en plus cernés

La réalité et ses écosystèmes que nous fréquentons tous, de plus en plus duplicables, virtuels, chiffrables et hors sol, sont en passe de devenir les meilleurs ennemis du réel.

Le réel lorsqu’il se donne à voir, le tremblement de la poésie, la beauté d’un son, l’apparition de l’unique ou de ses lointains, quel qu’en soit la distance, peu importe, demeure pourtant.

Ailleurs.

Jean Marc Porte

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