Texte autour de notre travail de traduction simultanée in situ lors du Colloque « Art(s), Réel et Psychanalyse » (2-5 juin 2023)
Ce texte est un témoignage dans l’après-coup d’une pratique singulière en tant que traductrice (non professionnelle), vécue à un moment donné, à la fois en public, en duo mais aussi au cœur de l’intime. Ces trois espaces/temps se sont mêlés dans l’action de traduire à l’oral en simultané, devant vous.
Cet exercice sur le fil, donc assez périlleux, m’a interrogée sur le poids de mes différentes casquettes dans l’écoute en chair et en os, de l’émetteur à traduire. Cela a rendu l’expérience très riche et par moments d’une densité insaisissable, indescriptible. En effet, au-delà de ma double culture, mon parcours d’artiste peintre/intervenante et de psychologue clinicienne d’orientation psychanalytique, a permis une écoute particulièrement habitée lors de certaines présentations. Cette écoute a été sensible car, dans mes pratiques, je suis directement concernée par la thématique du colloque. Je n’ai pas eu la sensation que cette perméabilité subjective aux sujets exposés ait empêché l’acte de traduire, ni de maintenir la distance nécessaire afin que le texte émis ne soit pas (trop) interprété. Mais nous pourrions nous demander à quel point ce travail de traduction in situ a pu être affecté par les spécificités des traductrices, peut-être même par leur présence physique, leur voix, leur collaboration, leur proximité et aussi par leurs différences.
Dans quelle mesure une traduction, qui se doit par définition la plus fidèle possible à la parole émise, peut être d’abord reçue, pensée par le traducteur à partir de sa propre expérience et ensuite traduite au plus près de la langue de départ ? Que fait-on de cet « écart » en temps réel ? Dans ces espaces « perdus » et peuplés entre deux langues, entre les mots dits, prononcés, circulent des « restes » non-dits. Ces morceaux flottants et singuliers, appartiendraient à la fois à l’émetteur, au traducteur et à l’auditoire, échappant à la traduction littérale. Ainsi, ce qui n’a pas à être traduit (et qui ne l’a pas été), participe ici à cette transformation d’une langue à l’autre.
Dans ce travail de réflexion à propos de notre participation simultanée in situ lors de ce colloque, ce qui a échappé aux mots et à la traduction elle-même, est remarquablement présent. S’agit-il d’éléments inconscients, que nous aurions partagés ? Par l’écoute puis la traduction orale, nous nous sommes sans doute efforcées de rendre réels, d’incarner les liens entre arts, réel et psychanalyse, aussi en acceptant de nous laisser traverser par ce qui n’était pas nommé dans la langue. En étant à la fois présente aux mots et perméable à ces « restes », j’ai pour ma part associé ce travail à un mouvement créatif, telle une pulsion esthétique, où le corps, nos corps en présence, ont participé à garder vivante, multiple et ouverte, la relation entre art et psychanalyse. Comme si, malgré nos tentatives d’en attraper quelque chose, en en traduisant les textes qui l’ont décrite, ce rapport n’en finissait plus d’être en mouvement.
Patrizia OLIVA