« Serre-moi fort » ( 2021) de Mathieu Amalric avec Vicky Krieps.
Trauma et caméra interne. pour iaep
Synopsis de la production :
« Parce qu’il lui est insupportable d’être quittée par ceux qu’elle aime, Clarisse quitte le domicile conjugal, laissant son mari Marc élever seul leurs deux enfants. »
Disparition et trauma ici se nouent, se dénouent, font silence. Vont-ils revenir ? Ils sont attendus pourtant, s’ils reviennent, ce sera sous la forme d’éclairs, d’une flèche immense pour qu’on n’oublie plus, un tel parcours du trauma est traumatique.
Nos forces psychiques servent à faire silence, construire du silence, et il ne reste plus qu’à le visiter, ce silence-là. Un psychanalyste ne peut qu’y être convoqué, de par le désir-du psychanalyste. Comment protéger le Moî en laissant sa place au silence pour que le trauma par son rythme s’y inscrive sans trop de dégâts. Le film se déroule en phase de constitution du trauma. C’est ce que fait l’héroïne qui arpentant en images ses pensées sur les disparus comme encore vivants. Pensées qui ne peuvent être oubliées : oui, l’héroïne fait le film, elle est la caméra du metteur en scène, c’est elle qui guide le spectateur merveilleusement par sa grâce et son mystère, énigme de ce qui va revenir de façon imminente. Le Je se fait nous, et le nous devient ils, eux ils ne peuvent pas penser, ils ne font que répéter ce qui leur est arrivé avant. Voilà le mouvement de la caméra interne, celle qui existe en chacun de nous depuis les frères Lumière. C’est elle, l’héroïne, qui les voient ainsi dans son activité de deuil. Et notre caméra interne s’en nourrit.
Où le mot « parti » veut dire mort et aussi revenir plus tard… Fantasme d’enfant, le néant est méconnu de l’enfance. L’adulte, cette héroïne, à faire une fois SON deuil, elle sait alors que l’amour qui la porte c’est pour et par qui elle vit sa pensée, eux ils ne pensent plus. Des forces psychiques d’amour qui s’échangeaient entre eux tous, elle est la seule qui reste et qui a ainsi construit un départ qui aurait pu être le leur. Trop surchargée de leurs forces psychiques -de « libido » – et des siennes aussi, voilà que se déclenche la vérité, ils vont revenir tout à l’heure. En plein soleil, en plein été lorsqu’il y a la fonte des neiges dit-on, c’est en fonction du temps. Alors le futur va peut-être reprendre sa place quand même, être plus loin que le passé.
Certaines fois les disparus font signe aux vivants qu’ils ne sont pas revenus et qu’ils ne reviendront plus jamais. Plus du tout, sans sépulture. Surmonter l’insurmontable : le cinéma est là pour ça, l’héroïne aussi, oui c’est elle qui crée le film, c’est elle qui nous dit le chemin pour tenir en tant que vivant, à vivre le plus longtemps possible pour ceux qui ne sont plus là. Le deuil, c’est autant de temps à gagner à ne pas en mourir…
Jean-Jacques Moscovitz, juin 23
Bande annonce :